La France a vendu massivement des armes à l’Arabie Saoudite. Jusqu’à présent, elles ont surtout servi au Yémen contre les Houthis. C’est le constat dressé par Régis Le Sommier, invité à s’exprimer sur la lune de miel entre Paris et Riyad.

Or cette guerre, déclenchée à l’initiative de Mohamed Ben Salmane, a produit l’effet inverse de celui recherché. Loin d’affaiblir les Houthis, le conflit leur a permis de s’armer considérablement. Aujourd’hui, ils contrôlent le détroit de Bab el-Mandeb, menacent la navigation internationale et disposent de capacités balistiques pouvant atteindre Israël.

La boucle est amère : les armements vendus par la France ont alimenté un conflit qui a renforcé un acteur devenu menace régionale. Régis Le Sommier souligne que cette guerre « extrêmement meurtrière » relève d’une erreur stratégique de MBS, progressivement corrigée par une maturation diplomatique saoudienne.

Reste une question : Paris assume-t-il les conséquences de ses exportations d’armement ? Le rapprochement actuel avec Riyad, célébré autour de projets culturels, laisse peu de place à ce bilan. La realpolitik a ses intérêts, mais la cohérence stratégique exigerait d’en tirer les leçons.

La France en opérations : des soldats et des avions engagés au Yémen

L’implication française dépasse la seule fourniture d’armements. Selon Juan Branco, avocat et auteur d’une enquête menée au Yémen en 2018, la France a participé directement à la défense militaire des Émirats arabes unis sur place, notamment en abattant des drones des forces houthistes à partir de bases militaires françaises dans la région. Cette intervention armée s’est effectuée en application d’accords de défense bilatéraux liant Paris et Abou Dhabi.

« La France a participé à la défense des territoires des Émirats pendant cette guerre avec une intervention armée effective notamment pour éliminer des drones à travers nos avions de chasse, à partir des bases militaires françaises. »

Juan Branco (Thinkerview)

Ce volet militaire s’articule avec la fourniture de matériel à l’Arabie Saoudite, révélée en partie par des journalistes de Disclose, dont Ariane Lavrilleux, placée en garde à vue pour avoir rendu ces informations publiques. Branco souligne une dimension supplémentaire, rarement évoquée dans le débat public : sur le terrain, les forces émiraties font appel à des mercenaires, notamment colombiens et sri-lankais, formés par des sociétés militaires privées, tandis que les Saoudiens fournissent la capacité de frappe aérienne et technologique. Parmi leurs alliés locaux figurent, selon Branco, des unités liées à Al-Qaïda dans la péninsule Arabique. La France se retrouve ainsi, par la chaîne de ses engagements, partie à un conflit dont la géométrie dépasse largement le cadre qu’autorisent les débats parlementaires nationaux sur l’exportation d’armes.

Vidéo « Relations diplomatiques entre la France et l’Arabie Saoudite » de OMERTA

Cet article vous a-t-il été utile ?

Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)

Signaler une erreur

Merci, c’est noté.