L’échec de l’intégration en France est souvent présenté comme la conséquence d’un refus des populations immigrées d’adopter les valeurs républicaines. Mais cette explication, commode pour les élites, omet une réalité plus dérangeante : et si l’impossibilité d’assimiler venait d’abord de la destruction délibérée de ce dans quoi il fallait s’intégrer ? C’est la thèse que développe Nikola Mirkovic, essayiste et analyste des conflits identitaires, dans son dernier ouvrage Déclin et renouveau.
Pourquoi l’assimilation a-t-elle échoué en France ?
L’échec de l’assimilation ne s’explique pas d’abord par le comportement des immigrés mais par une stratégie consciente de la classe dominante française. Cette élite a méthodiquement détruit la culture nationale commune, privant les nouveaux arrivants de tout cadre dans lequel s’intégrer, tout en utilisant l’immigration comme outil de division du peuple et de pression à la baisse sur les salaires. Le résultat est une société fragmentée où chacun se replie sur des identités de substitution, faute de pouvoir se rattacher à une culture française que l’on a cessé de transmettre et de valoriser.
Une culture nationale sciemment dissoute
Nikola Mirkovic s’appuie sur les analyses de Christophe Guilluy pour décrire un mécanisme implacable. Selon lui, l’élite française a « tout fait pour savonner la planche de la culture des Français ». L’objectif était double : empêcher les Français de se « coaguler » contre cette classe dominante, et priver les immigrés de toute possibilité d’identification à un récit commun.
« Un immigré qui rentre en France aujourd’hui, pour beaucoup d’entre eux, se dit : dans quoi est-ce que je me coagule ? »
Nikola Mirkovic (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)
Le constat est sévère mais éclairant. Quand des jeunes issus de l’immigration adoptent des signes religieux que leurs parents ne portaient pas, Mirkovic y voit d’abord une quête d’identité dans un vide culturel organisé. « L’homme a besoin d’identité », rappelle-t-il, citant Simone Weil. Si la France ne propose plus la sienne, d’autres s’imposent.
L’immigration comme arme de division
L’essayiste ne se contente pas de déplorer une négligence culturelle. Il pointe une intention politique. La classe dominante avait « besoin de diviser les Français », « besoin de main d’œuvre pas cher », et a instrumentalisé l’immigration massive à ces fins. Le résultat est une société éclatée où le peuple, atomisé, ne peut plus constituer une force politique cohérente face aux décisions venues d’en haut.
Cette analyse rejoint la critique plus large que Mirkovic adresse au système actuel : un État qui n’est plus une institution au service du peuple mais une administration technocratique traitant les citoyens comme des objets à gérer. Dans ce cadre, l’immigré n’est pas un futur compatriote à intégrer mais une variable d’ajustement économique et un facteur de fragmentation sociale.
La renaissance passe par la reconquête culturelle
Face à ce constat, la solution proposée par Mirkovic renverse les priorités du débat public. Avant d’exiger des immigrés qu’ils deviennent français, il faut que les Français eux-mêmes « redeviennent français ». Cela implique de se réapproprier une histoire, une littérature, une langue que beaucoup ne connaissent plus, quand « Bob l’éponge » remplace La Fontaine dans les références communes.
L’auteur refuse pour autant tout manichéisme. Il reconnaît l’existence de nombreux immigrés « qui s’intègrent parfaitement, qui aiment la culture, plus que certains Français ». Pour ceux-là, le projet français reste ouvert. Mais pour ceux qui n’ont pas « cette envie de vivre ensemble » chère à Ernest Renan, pour ceux qui nourrissent « un projet alternatif contraire aux intérêts des Français », le message est sans ambiguïté : « Ne restez pas en France, ne restez pas. »
Mirkovic tire cette position de son expérience personnelle, lui qui a vu la Yougoslavie se disloquer dans des guerres fratricides. Il sait que la coexistence de populations aux projets divergents sur un même territoire « se termine mal » et refuse que la France emprunte ce chemin.
Ce qu’il faut retenir
L’échec de l’assimilation est d’abord celui d’une élite qui a détruit la maison commune avant d’accuser ceux qui n’y entrent pas. La reconstruction ne pourra se faire qu’en restaurant une culture française vivante et partagée, dans laquelle tous ceux qui le souhaitent pourront véritablement s’intégrer.
*D’après un entretien de Nikola Mirkovic sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
Pour aller plus loin
- Déclin et renouveau. Comment les Français se relèveront ?, Nicolas Mirkovic (Éditions des Syrtes)
- L’Enracinement, Simone Weil
- La France contre les robots, Georges Bernanos
- De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
