Richelieu n’est pas qu’une statue dans la galerie des grands hommes. C’est l’école pratique de la souveraineté française. Ce que Bodin avait pensé, le cardinal-duc l’applique : un État fort, centralisé, hiérarchique, qui subordonne tout le reste, y compris la religion, à son propre intérêt. Il pose en actes la primauté de la raison d’État sur les calculs particuliers, et invente la diplomatie permanente, l’équilibre européen et la fonction d’intendant.

Né en 1585 dans une famille de noblesse de robe, Armand Jean du Plessis devient évêque de Luçon à 22 ans par nécessité familiale plus que par vocation. Sa carrière politique démarre lentement, portée par Marie de Médicis, jusqu’à son entrée au Conseil du roi en 1624. À partir de là, et jusqu’à sa mort en 1642, il est l’homme qui gouverne réellement la France au nom de Louis XIII. Il étouffe la révolte protestante à La Rochelle, brise l’autonomie des grands nobles, fonde l’Académie française, et engage la France dans la guerre de Trente Ans aux côtés des protestants allemands contre les Habsbourg catholiques. Le scandale théologique est total. Le calcul géopolitique est juste.

Son Testament politique, publié posthume en 1688, codifie sa doctrine : un peuple bien gouverné doit être légèrement chargé d’impôts mais conservé dans la crainte de l’autorité ; les lois doivent être appliquées plutôt que multipliées ; la noblesse doit servir, pas dominer ; la France doit être achevée dans son « pré carré », formule qu’il forge pour désigner les frontières stratégiques naturelles. Louis XIV se contentera, presque, d’appliquer le programme.

Richelieu est une référence implicite de tout souverainisme français sérieux, et particulièrement du gaullisme. La conviction qu’un État ne se définit ni par ses alliances ni par ses convictions affichées mais par sa capacité à vouloir et à durer, c’est de lui qu’elle nous vient.

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