Édouard Daladier, né le 18 juin 1884 à Carpentras et mort le 10 octobre 1970, incarne une trajectoire politique de la IIIe République où la question de la puissance française et de sa défense occupe une place centrale. Agrégé d'histoire, formé dans le sillage d'Édouard Herriot à Lyon, il entre en politique par le local avant de s'imposer au national : maire de Carpentras dès 1911, député du Vaucluse à partir de 1919, puis président du Parti radical en 1927. Son parcours ministériel, long et varié, le conduit des Colonies aux Travaux publics avant de le fixer durablement sur les portefeuilles régaliens qui comptent : la défense et la diplomatie.
C'est sur ces terrains que son action prend le plus de relief pour qui s'intéresse aux rapports de puissance. Ministre de la Défense nationale à partir de 1936, puis président du Conseil et ministre de la Défense de 1938 à 1940, il préside aux années les plus critiques pour la sécurité du pays. Son nom reste lié aux accords de Munich de septembre 1938, par lesquels la France et le Royaume-Uni acceptèrent les exigences territoriales de l'Allemagne nazie au détriment de la Tchécoslovaquie. Cet épisode, souvent lu comme un renoncement, s'inscrit dans un contexte où l'état réel de l'appareil militaire français pesait lourd dans les calculs. Daladier lui-même ne cachait pas ses réserves profondes sur ce qu'il signait.
Arrêté après la débâcle de 1940, il est déféré devant le tribunal de Riom voulu par le régime de Vichy pour instruire la responsabilité de la défaite, puis déporté en Allemagne jusqu'en 1945. Son Journal de captivité, publié à titre posthume en 1991, constitue le témoignage direct de ces années. Revenu à la vie politique sous la IVe République comme député du Vaucluse de 1946 à 1958 et maire d'Avignon à partir de 1953, il reste une figure du radicalisme républicain attaché aux prérogatives de l'État et à l'indépendance de décision de la France, dans une époque où ces certitudes commençaient déjà à être bousculées.
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