Marc Bloch n’est pas seulement le cofondateur de l’école des Annales et le médiéviste qui a renouvelé l’étude des Rois thaumaturges. C’est aussi un patriote français juif et laïque qui, à plus de cinquante ans, a pris le maquis sous le nom de Narbonne, a été arrêté par la Gestapo en mars 1944, torturé à Lyon, et fusillé à Saint-Didier-de-Formans le 16 juin 1944. Son cas répond à toutes les paresses qui voudraient opposer souverainisme et universalisme.

Né à Lyon en 1886 dans une famille universitaire alsacienne réfugiée après 1871, il entre à l’École normale supérieure, agrégé d’histoire à 22 ans. Mobilisé en 1914-1918 (Croix de guerre, trois citations), il devient professeur à Strasbourg après la guerre, puis à la Sorbonne. En 1929, il fonde avec Lucien Febvre les Annales d’histoire économique et sociale, qui changeront pour cinquante ans la façon dont on écrit l’histoire en France et au-delà. Mobilisé à nouveau en 1939, il est témoin de l’effondrement.

De cet effondrement, écrit à chaud entre juillet et septembre 1940, sort L’Étrange Défaite, qu’il ne verra pas publié. C’est un texte essentiel : un homme de gauche, républicain, juif, soldat, analyse pourquoi son pays s’est effondré si vite. Il y dénonce la lâcheté des élites, l’incompétence des généraux, la fragilité d’une nation qui ne se sait plus aimée par ses dirigeants. Et il y écrit, dans ce qui reste l’un des plus beaux passages écrits sur la France, qu’on ne peut pas comprendre l’histoire de France si l’on ne vibre pas à la fois au sacre de Reims et à la fête de la Fédération.

Pour Le Souv, Marc Bloch est un patrimoine partagé. Sa figure morale traverse les clivages politiques français et leur impose une référence commune. C’est rare. C’est précieux.

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