Maurice Allais reste à ce jour le seul économiste français lauréat du prix Nobel d’économie. Récompensé en 1988 pour ses travaux fondamentaux sur la théorie des marchés et l’utilisation efficace des ressources, il aurait pu se contenter d’une carrière académique. Il a choisi, dans les vingt dernières années de sa vie, d’utiliser son autorité pour conduire une critique radicale du libre-échangisme mondialisé, de la création monétaire bancaire et de la construction européenne. Cette tournure souverainiste lui a coûté son accès aux grands médias bien plus qu’elle ne lui en a apporté.

Né en 1911 à Paris, major à Polytechnique en 1931, ingénieur en chef au Corps des mines, il enseigne pendant plus de trente ans l’économie théorique à l’École des mines de Paris. Son œuvre académique est considérable : À la recherche d’une discipline économique (1943), Économie et intérêt (1947), travaux sur la théorie de l’équilibre général, sur la règle d’or de l’accumulation, sur la décision en incertitude (le célèbre « paradoxe d’Allais »). Il est aussi connu pour ses recherches non conventionnelles sur la gravitation, qui ont laissé son nom à un effet observé lors des éclipses solaires.

Sa critique économique tardive, exprimée principalement dans La Crise mondiale d’aujourd’hui (1999) et L’Europe en crise (2005), tient en quelques propositions très dérangeantes pour la doxa de son temps. La création monétaire ex nihilo par les banques commerciales est illégitime et doit être retirée au profit du monopole strict de la Banque centrale. Le libre-échange généralisé entre pays à niveaux de développement disparates détruit les emplois industriels des pays riches sans élever durablement les pauvres. La construction européenne sans souveraineté politique partagée est un édifice instable. Le tout dit avec la précision d’un ingénieur, sources à l’appui.

Pour Le Souv, Allais est la référence du souverainisme économique français. Ses arguments résistent à toutes les caricatures idéologiques : ce n’est pas le repli protectionniste de la peur, c’est l’analyse technique d’un théoricien des marchés qui en a vu les limites. On ne répond pas à Allais en haussant les épaules. On y répond en raisonnant, ou pas du tout.

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