Le 16 décembre 1773, des colons américains jettent des caisses de thé dans le port de Boston. Ce geste fondateur, entré dans l’histoire sous le nom de Boston Tea Party, est souvent présenté comme un élan de liberté. Mais en y regardant de plus près, il révèle une vérité moins romantique : la révolution américaine est née d’un conflit commercial, non d’un idéal d’égalité civique. Une distinction qui éclaire encore aujourd’hui la manière dont les États-Unis conçoivent les relations internationales.

Pourquoi la révolution américaine est-elle née d’un conflit sur les droits de douane ?

La révolution américaine ne commence pas par une revendication de droits civiques universels. Elle démarre pour une raison très concrète : le refus de riches colons esclavagistes d’accepter les taxes imposées par la couronne britannique sur leur commerce extérieur. Contrairement à la Révolution française de 1789, qui visait l’égalité entre citoyens et la fin des privilèges fiscaux, le soulèvement américain répond d’abord à une logique marchande. Les insurgés de Boston défendaient la liberté du commerce, pas l’émancipation humaine.

Pour comprendre l’origine du conflit, il faut remonter aux difficultés budgétaires du Royaume-Uni dans les années 1770. Le premier ministre William Pitt cherche de nouvelles recettes sans mécontenter les sujets britanniques vivant en Angleterre. La solution retenue consiste à taxer lourdement les produits que la British East India Company vend aux colonies d’Amérique du Nord. Thé, laque, porcelaine venus de Chine transitent par les ports anglais avant d’être réexpédiés vers les colonies, où les habitants n’ont d’autre choix que de se fournir auprès de la compagnie.

Le 16 décembre 1773, plusieurs colons montent à bord des navires britanniques dans le port de Boston et jettent les cargaisons de thé à la mer. Cet événement, baptisé ironiquement Boston Tea Party, marque le coup d’envoi de la guerre d’indépendance. Mais ceux qui mènent la révolte ne sont pas des opprimés au sens social du terme. Ce sont des planteurs aisés, propriétaires d’esclaves. George Washington lui-même, futur premier président des États-Unis, possédait 300 esclaves à sa mort en 1799. Quand les insurgés américains revendiquent « le droit au bonheur », ils parlent de liberté commerciale, pas d’abolition de l’esclavage.

Deux révolutions, deux philosophies opposées

Le contraste avec la France est saisissant. La Révolution française de 1789 naît d’une exigence d’égalité fiscale : le tiers état, qui représente 99,5 % de la population, refuse de porter seul le poids de l’impôt pendant que l’aristocratie et le haut clergé en sont exemptés depuis le XVe siècle. Les Français veulent que tous les citoyens votent l’impôt et décident de son utilisation. Il s’agit d’un projet de refondation civique.

Aux États-Unis, la dynamique est tout autre. Les colons britanniques d’Amérique refusent qu’une instance extérieure, le Parlement de Londres, fixe les règles du commerce et prélève des taxes sans leur consentement. Comme le souligne François Asselineau dans une conférence de 2015, cette opposition originelle aux droits de douane imposés depuis l’étranger va profondément marquer la culture politique américaine :

« Pour les Américains, l’instance qui fixe les règles du commerce extérieur est l’instance qui dirige les autres. »

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Ce principe devient une constante historique. Une fois indépendants, les États-Unis tentent à plusieurs reprises d’imposer leur domination par le commerce. Dès 1812, ils essaient d’annexer le Canada par la force. Après leur échec militaire, ils changent de méthode. Un rapport d’agent secret daté de 1854 révèle que des journaux, des magistrats et des parlementaires canadiens sont corrompus pour promouvoir un traité de libre-échange avec les États-Unis. L’objectif assumé : obtenir par les échanges économiques ce que les armes n’ont pas permis de conquérir.

Le libre-échange, instrument de puissance plus que d’idéal

Cette logique traverse les décennies sans faiblir. En 1860, le consul américain à Montréal écrit à son supérieur que le traité de libre-échange avec le Canada « est en train de transformer tranquillement mais sûrement les cinq provinces canadiennes en États de l’Union ». En 1888, le sénateur John Sherman, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, théorise la méthode dans un discours officiel :

« Cette union est inévitable. La seule politique de notre gouvernement est d’offrir au Canada la liberté des échanges commerciaux et de lui faire cette proposition de façon fraternelle afin que le peuple canadien y voit une invitation à faire partie de notre République. »

Union Populaire Républicaine

Le parallèle avec les débats contemporains est frappant. Les actuelles négociations du traité transatlantique entre l’Union européenne et les États-Unis reproduisent la même stratégie à 160 ans de distance : maintenir les discussions à l’abri du débat public, écarter toute opposition parlementaire, et utiliser la libéralisation des échanges comme levier d’influence.

En 1948, un projet d’union douanière complète entre les deux pays oblige le négociateur canadien à reconnaître devant son Parlement que le prix à payer est « la perte de notre indépendance politique ». La formulation rappelle ce que François Mitterrand confiait juste avant sa mort en 1997 : « La France ne le sait pas. Nous sommes en guerre avec l’Amérique. Une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. »

Ce qu’il faut retenir

La Boston Tea Party n’était pas un combat pour l’égalité des citoyens, mais une révolte de riches commerçants contre l’encadrement de leur commerce par une puissance extérieure. Deux siècles et demi plus tard, les États-Unis continuent de penser les relations internationales à travers ce prisme : celui qui fixe les règles du commerce dirige le monde. Comprendre cette origine, c’est se donner les moyens de ne pas confondre le libre-échange avec un idéal, mais de le reconnaître pour ce qu’il a toujours été : un instrument de puissance.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Union Populaire Républicaine

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