Dans un monde secoué par la remise en cause des souverainetés nationales, une question lancinante traverse le débat public : quelle structure politique protège vraiment la liberté des peuples ? Alors que certains vantent les vertus du localisme communal, que d’autres rêvent de grandes constructions impériales, l’histoire livre un verdict sans appel. Nikola Mirkovic, dans un entretien accordé au Cercle Aristote, tranche avec une clarté peu commune : seule la forme de l’État-nation a porté la liberté sur la longue durée.
Cité, empire, État-nation : quelles différences structurelles dans leur rapport à la liberté ?
L’analyse de Nikola Mirkovic s’articule autour de trois formes fondamentales de la pensée politique. La cité, d’abord, dont l’expérience grecque illustre les limites. « Les Grecs ratent la nation. C’est la seule chose qu’ils ont raté dans la pensée politique et Philippe de Macédoine les écrase là-dessus. » Le modèle de la cité-État, trop restreint, n’a jamais pu offrir un cadre durable à l’exercice de la liberté collective. L’empire, ensuite, se révèle structurellement incapable d’incarner la liberté. « L’empire jamais. Les empires libéraux sont de faux empires », souligne l’auteur de Déclin et renouveau. Il distingue radicalement un État-nation qui s’étend d’un véritable empire, notant au passage que le Reich allemand, « quoi qu’on pense de lui par ailleurs », constitue un authentique empire, quand l’Empire de Napoléon III n’est qu’un « État-nation qui se délite ». Reste donc l’État, « la seule structure qui a porté la liberté sur la longue durée ».
L’État-nation comme organe de survie collective
Pour comprendre cette supériorité, il faut saisir ce qu’est fondamentalement un État. Mirkovic le définit comme « un organe incarné de survie collective de base ». La nuance est capitale : il ne s’agit pas d’une machine administrative désincarnée, mais d’une institution vivante qui institue des hommes, par opposition à une administration qui administre des choses. Cette distinction recoupe une différence majeure entre logique d’institution et logique d’administration. Dans la première, les hommes sont constitués en corps politique ; dans la seconde, ils sont traités comme des objets, des « biens meubles ». Le sentiment de dépossession qu’éprouvent aujourd’hui les Français ne viendrait pas d’un excès d’État, mais de sa disparition au profit d’une simple administration aux mains d’une classe dominante. Mirkovic souligne que la France n’a plus d’État au sens fort du terme : « Il y a une administration à la main d’une classe supérieure qui a besoin de 20 % de technogestionnaires au sein du peuple pour pouvoir le quadriller et le paralyser. »
Un enjeu de souveraineté autant que de liberté
Cette analyse éclaire d’un jour nouveau les débats contemporains sur la souveraineté. L’État-nation n’est pas une structure parmi d’autres : il est la seule à avoir historiquement permis l’exercice durable de la liberté politique. La cité grecque a buté sur son incapacité à dépasser le cadre étroit de la polis. L’empire, par nature fondé sur la domination de peuples divers sans volonté commune de vivre ensemble, nie la liberté des nations qu’il absorbe. Seul l’État-nation repose sur ce qu’Ernest Renan appelait « l’envie de vivre ensemble », fondement indispensable à toute liberté collective authentique. C’est pourquoi le souverainisme ne relève pas d’une nostalgie passéiste, mais d’une nécessité politique rationnelle : défendre l’État-nation, c’est défendre la structure même qui rend la liberté possible.
Ce qu’il faut retenir
L’opposition entre cité, empire et État-nation n’est pas un simple exercice de typologie historique. Elle engage une conception exigeante de la liberté collective, qui ne peut s’épanouir que dans le cadre d’une nation souveraine, où des hommes libres acceptent de faire société autour d’un héritage commun. À rebours des rêves impériaux comme des replis localistes, la voie de la souveraineté nationale s’impose comme la seule réponse cohérente pour qui veut conjuguer puissance collective et liberté individuelle. Le débat est ouvert, mais l’histoire, elle, a déjà tranché.
*D’après un entretien de Nikola Mirkovic sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
Pour aller plus loin
- Déclin et renouveau. Comment les Français se relèveront ?, Nicolas Mirkovic (Éditions des Syrtes)
- L’Enracinement, Simone Weil
- La France contre les robots, Georges Bernanos
- De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville
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