Dans le roman national tel qu’il est enseigné, une conviction s’est installée : la République serait l’unique émancipatrice des femmes. Pourtant, un regard lucide sur l’histoire du XXe siècle français raconte une tout autre histoire. Celle d’un général qui accorda ce que les républicains avaient toujours refusé.

Pourquoi de Gaulle est-il le véritable émancipateur des femmes dans l’histoire politique française ?

L’invité le rappelle dans un entretien récent : le général de Gaulle fut « le plus grand bienfaiteur de la condition des femmes au 20e siècle ». Trois avancées majeures lui sont directement attribuables : le droit de vote accordé en 1944, l’autonomie bancaire (le compte en banque autonome des femmes mariées) et la reconnaissance politique de leur rôle déterminant dans la Résistance. Trois droits concrets arrachés contre l’opposition constante des républicains, qui soupçonnaient les femmes d’être, par nature, du côté de « la réaction ».

La peur républicaine des femmes sous influence

Il faut revenir aux débats qui animaient l’entre-deux-guerres pour comprendre l’ampleur de la résistance républicaine au suffrage féminin. Les radicaux et une large partie de la gauche parlementaire bloquèrent obstinément cette extension du droit de vote, sur un argument que l’invité résume avec ironie :

« Les républicains pensaient que les femmes étaient les alliés de la réaction. Les femmes votent avec les curés et sous les ordres des curés. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Ce n’était pas une boutade. Le souvenir du rôle des femmes dans les mobilisations catholiques, leur participation aux processions ou leur attachement présumé aux institutions religieuses nourrissaient une méfiance profonde. Les républicains craignaient qu’accorder le bulletin de vote aux Françaises ne revienne à renforcer les forces conservatrices qu’ils combattaient. C’est donc une logique partisane, non une philosophie des droits universels, qui dicta ce refus prolongé.

De Gaulle, lui, ne s’embarrassa pas de ces calculs mesquins. Il considérait que les Françaises avaient payé le prix du sang dans la Résistance et que la légitimité nationale leur était due. Ce n’était pas un geste électoral mais une reconnaissance de dette historique.

Une souveraineté féminine ancrée dans le temps long

L’invité replace cette décision gaullienne dans une perspective plus large :

« La France, c’est un pays qui a été dominé par les femmes pendant tout l’Ancien Régime. Le moment le plus viriliste de la vie politique française, c’est la Révolution. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Le paradoxe est saisissant. Le pays de Jeanne d’Arc, dont les ambassadeurs ottomans s’étonnaient jadis qu’il soit « ce peuple de guerriers dominé par leurs femmes », a vu la parenthèse révolutionnaire imposer une exclusion que la République prolongea bien au-delà du nécessaire. De Gaulle renouait en réalité avec un fil plus ancien, cette culture du génie féminin que la France portait depuis des siècles.

Quand il accorde aussi le compte bancaire autonome, il ne fait pas qu’offrir une commodité administrative. Il arrache les femmes mariées à une dépendance économique qui était le pilier de leur minorité civile. Là encore, c’est la reconnaissance d’une souveraineté personnelle, dans la droite ligne d’une conception gaullienne de la grandeur où chaque Français, homme ou femme, doit pouvoir exercer pleinement sa liberté.

Ce qu’il faut retenir

De Gaulle a fait de l’émancipation féminine un acte de souveraineté politique, non un calcul électoral. Contre les républicains qui redoutaient l’influence des curés, il a reconnu la légitimité de celles qui avaient résisté. L’histoire l’a retenu comme un libérateur du territoire ; il fut aussi, et peut-être d’abord, celui qui rendit aux Françaises ce que la République leur avait toujours refusé.

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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