Née vers 1412 dans le village de Domrémy, en Lorraine, Jeanne d'Arc est la figure qui incarne, avec la plus grande intensité historique, l'idée que la France constitue une entité politique distincte, dotée d'une légitimité propre et d'un destin à défendre les armes à la main. Elle grandit dans un royaume fragmenté, partiellement occupé par les Anglais à la suite du traité de Troyes de 1420, acte par lequel Charles VI avait cédé la couronne de France aux Plantagenêts. C'est précisément contre cette capitulation dynastique qu'elle agit, en ralliant le dauphin Charles, en conduisant le siège d'Orléans à son terme victorieux en 1429, et en escortant le roi légitime jusqu'à Reims pour son sacre.
Son action relève d'une logique de restauration de la souveraineté : rétablir un pouvoir royal français sur le territoire français, contre une puissance étrangère qui prétendait l'absorber. Elle n'a laissé aucun écrit doctrinal, mais ses procès, notamment le procès de condamnation de 1431 conduit sous juridiction anglo-bourguignonne à Rouen, révèlent une cohérence remarquable dans ses déclarations : elle se dit envoyée pour "bouter les Anglais hors de France", formule qui résume une vision strictement territoriale et nationale de la légitimité politique.
Capturée par les Bourguignons, remise aux Anglais, jugée pour hérésie et sorcellerie, elle est brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431. Le procès en réhabilitation, instruit à partir de 1452 et conclu en 1456, annule sa condamnation. Elle est canonisée par l'Église catholique en 1920. Son héritage est revendiqué par des traditions politiques diverses, mais la matière brute de son action historique reste celle d'une résistance à l'effacement de la France comme puissance souveraine.
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