Quand on évoque la désindustrialisation française, les explications fusent : charges trop lourdes, mondialisation subie, manque de compétitivité des entreprises. Mais un facteur macroéconomique décisif reste étrangement absent du débat public. Louis Gallois, ancien patron d’EADS et de la SNCF, l’a rappelé lors d’un entretien aux Forces Françaises de l’Industrie : la France est entrée dans la zone euro avec une monnaie surévaluée, et ce handicap initial n’a jamais été corrigé.
Pourquoi l’entrée dans l’euro a-t-elle pénalisé l’industrie française ?
La réponse tient en trois réalités que Louis Gallois articule avec précision. D’abord, le taux de conversion retenu pour le franc était trop élevé : on considère généralement que la monnaie française était surévaluée d’environ 15 % au moment du basculement. Ensuite, cette surévaluation a pesé durablement sur la compétitivité des exportations industrielles, secteur par nature exposé à la concurrence internationale. Enfin, les outils de correction dont disposait la France avant l’euro (notamment la politique monétaire nationale et la possibilité d’ajustements de parité) ont disparu, laissant les entreprises sans amortisseur face à ce désavantage structurel.
« Je crois que cette rupture, elle est du fait qu’on est rentré dans l’euro à un taux trop fort pour nous. On considère que le franc était surévalué de 15 % quand on est rentré dans l’euro et ça on l’a payé longtemps. »
Louis Gallois (Forces Françaises de l’Industrie)
Deux politiques divergentes, un écart qui se creuse
Ce handicap monétaire aurait pu être compensé par une politique économique adaptée. C’est l’inverse qui s’est produit. Louis Gallois rappelle que l’Allemagne, présentée à l’époque comme « l’homme malade de l’Europe », a engagé des réformes structurelles douloureuses (lois Hartz, maîtrise sévère des salaires, création des mini-jobs) pour restaurer sa compétitivité. Pendant ce temps, la France mettait en œuvre les 35 heures, augmentait les charges sociales et laissait les salaires dériver.
Le résultat est un décalage complet entre les deux premières économies de la zone euro. L’Allemagne s’est redressée, la France a décroché. L’industrie française, déjà fragilisée par un taux de change défavorable, a subi de plein fouet cette divergence de trajectoire.
Un déni politique qui a duré vingt ans
L’ancien dirigeant d’Airbus insiste sur la dimension culturelle du problème. La France, dit-il, a longtemps eu du mal à se penser comme un pays industriel. L’agriculture occupe une place symbolique sans commune mesure avec son poids économique réel (3 % du PIB), tandis que le salon Global Industrie reste confidentiel face au Salon de l’agriculture.
Ce déni s’est traduit par un traitement essentiellement social de la désindustrialisation. On a géré les conséquences (plans sociaux, reconversions, indemnisation du chômage) sans jamais affronter frontalement les causes macroéconomiques. Louis Gallois le formule sans détour : « L’État a mis beaucoup de temps à s’apercevoir que c’était un problème économique qu’il fallait traiter comme un problème économique. Il a touché la microéconomie. Il n’a jamais affronté la macroéconomie. »
La prise de conscience n’est intervenue qu’autour de 2012, quand le rapport Gallois sur la compétitivité a popularisé le concept de « politique de l’offre ». François Hollande s’y est rallié, au prix de fractures politiques majeures avec les « frondeurs » de sa majorité. Emmanuel Macron a poursuivi dans cette voie. Mais les dégâts étaient déjà considérables : deux millions d’emplois industriels perdus en une décennie.
Un changement de parité impossible, mais des enseignements pour l’avenir
Aujourd’hui, la France ne peut plus toucher à la parité monétaire. La question n’est donc pas de rouvrir un débat sans objet, mais de tirer les leçons de cette période pour la politique industrielle à venir. Louis Gallois plaide pour que la compétitivité des entreprises exposées à la concurrence internationale redevienne une priorité, notamment par des allègements de charges ciblés sur les salaires qualifiés (entre deux et quatre fois le SMIC), là où le différentiel avec l’Allemagne est le plus marqué.
Il met aussi en garde contre un nouveau risque de décrochage : celui de la pénétration des nouvelles technologies dans les PME françaises, où l’écart avec nos voisins est déjà significatif. La bataille de la compétitivité ne se joue plus seulement sur les coûts, mais sur la capacité à intégrer l’intelligence artificielle, la robotique et le big data dans le tissu industriel.
Industrie, agriculture, services : une hiérarchie que l’État ne peut ignorer
À ce déséquilibre monétaire s’ajoute une confusion des rôles entre les trois grands secteurs de l’économie. Pierre-Yves Rougeyron distingue une architecture simple mais souvent occultée dans le débat public : l’industrie crée la richesse et produit l’innovation, l’agriculture assure la survie du corps social, et les services remplissent deux fonctions utiles mais limitées, la transmission des savoirs et l’accompagnement à la personne. Cette dernière catégorie ne peut, par nature, ni innover ni générer les excédents nécessaires à l’autonomie d’un État.
« Vous ne pouvez pas demander au service d’innover, d’apporter du pognon. Ce qui est fait pour ça, c’est l’industrie. »
Pierre-Yves Rougeyron (OMERTA)
La conséquence logique de la désindustrialisation est donc une asphyxie progressive des finances publiques, que ne compense aucune croissance du secteur tertiaire.
Face à cette impasse, Rougeyron rappelle l’existence d’instruments de financement qui ont fonctionné en France et ont été délibérément abandonnés : le circuit du Trésor, qui permettait à l’État de se financer sans passer par les marchés, et la spécialisation du crédit, qui orientait les prêts bancaires vers des secteurs prioritaires. Ces mécanismes, hérités du Conseil national de la Résistance et de la reconstruction gaulliste, ont selon lui protégé les infrastructures françaises pendant près de soixante-dix ans. Leur démantèlement, conjugué à l’abandon industriel, a transféré le pouvoir de financement vers les grands fonds privés, dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux de la nation.
La relance sans frontières : arroser une plante sans pot
Ce mécanisme, Pierre-Yves Rougeyron le résume par une image volontairement élémentaire : une politique de relance, c’est l’arrosage d’une plante en pot. Le pot, ce sont les frontières douanières et monétaires. Supprimez-le, et l’eau ne nourrit plus la plante, elle s’écoule dans le sol, c’est-à-dire vers d’autres économies, d’autres producteurs, d’autres territoires fiscaux.
« Une politique de relance, c’est le fait d’arroser une plante en pot. Prenez une plante, cassez le pot et arrosez-la. Vous allez voir où va la flotte. C’est pas pour rien qu’il y a un pot autour des plantes. »
Pierre-Yves Rougeyron (OMERTA)
L’argument n’est pas nouveau en soi : les économistes hétérodoxes rappellent depuis les années 1980 que la relance keynésienne suppose des conditions de « bouclage » national, c’est-à-dire que la demande stimulée se répercute sur la production intérieure. C’est précisément ce qui cesse de fonctionner à partir de 1983, lorsque la France opère son tournant de la rigueur et s’engage dans une libéralisation progressive des mouvements de capitaux, puis dans la construction du marché unique.
Rougeyron y ajoute la dimension monétaire : une monnaie dont le taux d’entrée était inadapté à la structure productive française aggrave structurellement le problème, en rendant les exportations moins compétitives et les importations moins coûteuses. Dans ce cadre, les aides publiques aux entreprises ne sont plus un investissement productif mais une compensation destinée à retenir des acteurs économiques que la monnaie elle-même pousse à partir ou à délocaliser. La question douanière et la question monétaire deviennent ainsi les deux faces d’un même prérequis à toute politique industrielle sérieuse.
Libre circulation des capitaux : le basculement de 1986
Ce recul industriel s’explique aussi par un changement de règle du jeu longtemps passé sous silence. Avant l’Acte unique européen de 1986, renforcé par le traité de Maastricht en 1992, tout investissement à l’étranger réalisé par une entreprise française devait être validé par la direction du Trésor. François Asselineau donne l’exemple d’une usine Peugeot construite en Iran : l’administration vérifiait l’avantage pour l’entreprise, pour le pays partenaire et pour la France, et s’assurait que les produits fabriqués là-bas ne pouvaient pas être réimportés. Le résultat, selon lui, était net : les commandes de pièces détachées restaient en France, et la puissance industrielle du pays s’en trouvait consolidée.
La libre circulation des capitaux instaurée en 1986 a mis fin à ce contrôle. Les entreprises ont pu délocaliser sans contrainte et réimporter librement leurs productions, accélérant ce que l’article décrit déjà comme un effondrement de la base productive française.
Ce mécanisme a eu une autre conséquence, moins souvent reliée au même acte fondateur : la concentration extrême des fortunes. Asselineau rappelle qu’au début des années 1960, la plus grande fortune française, celle de Sylvain Floirat, représentait l’équivalent d’environ 500 millions d’euros actuels.
« Aujourd’hui, la France compte parmi les deux quasiment l’homme le plus riche du monde et la femme la plus riche du monde. »
François Asselineau (OMERTA)
Pour Asselineau, rétablir un contrôle sur les mouvements de capitaux permettrait simultanément de lutter contre l’évasion fiscale des entreprises, chiffrée selon lui en dizaines de milliards, et de stopper les délocalisations structurelles.
Le yuan sous-évalué, une distorsion de concurrence chiffrée
À la désindustrialisation née du taux d’entrée dans l’euro s’ajoute une pression extérieure que les chiffres rendent difficile à contester. Marc Touati pointe un écart considérable entre le taux de change réel du yuan et son niveau d’équilibre théorique :
« On est autour des 7 yuans pour 1 dollar, alors que le niveau d’équilibre c’est 3,50 yuans pour 1 dollar. Du simple au double. »
Marc Touati (OMERTA)
Concrètement, une devise maintenue artificiellement basse rend les exportations chinoises moins chères à l’achat pour les importateurs étrangers, et les produits européens plus coûteux sur les marchés internationaux. Ce mécanisme agit comme une subvention permanente accordée aux exportateurs chinois, sans que ceux-ci aient à respecter les normes sociales, environnementales ou fiscales imposées aux producteurs français et européens. C’est ce que Touati qualifie de « dumping permanent ».
L’effet est aujourd’hui amplifié par la pression des droits de douane américains sur les marchandises chinoises. Selon lui, les exportations chinoises vers les États-Unis ont reculé de 20 %, mais l’excédent commercial chinois atteint des niveaux historiques : les flux se redirigent vers les marchés sans barrières, au premier rang desquels l’Europe. La France affiche ainsi un déficit commercial avec la Chine de 50 milliards d’euros sur une année. Les ménages fragilisés par l’inflation se tournent vers les produits les moins chers, accentuant encore cette dynamique. Les tentatives de taxation des petits colis sont contournées via des plateformes de transit comme Amsterdam, rendant la mesure largement inopérante.
Zone euro : une monnaie unique, des politiques budgétaires irréconciliables
La question du taux d’entrée dans l’euro n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un problème structurel plus large, celui de la viabilité même de la zone monétaire. Pour qu’une monnaie unique fonctionne, les économies qui la partagent doivent être suffisamment homogènes, c’est ce que les économistes appellent une « zone monétaire optimale ». Or, selon Marc Touati, les 21 pays de la zone euro sont aujourd’hui trop différents pour satisfaire ce critère.
L’illustration la plus frappante tient aux trajectoires budgétaires. Depuis 2000, le ratio dette publique sur PIB a augmenté de 56 points en France, contre 41 points en Espagne, deuxième pays le plus en dérive. D’autres États membres ont, dans le même temps, réduit leur dette. Ce grand écart rend toute politique monétaire commune structurellement inadaptée : un taux directeur fixé à Francfort ne peut pas convenir simultanément à une économie en surchauffe et à une autre en récession.
« On ne peut pas créer une zone monétaire optimale avec autant de différences de politique économique. C’est ça le drame, notamment d’un point de vue budgétaire. »
Marc Touati (OMERTA)
La Banque centrale européenne se retrouve ainsi à arbitrer entre des réalités nationales incompatibles, avec pour seul instrument le taux d’intérêt. Résultat : en 2008 déjà, elle avait relevé ses taux en pleine récession de la zone euro, avant de les abaisser en catastrophe quelques mois plus tard. Un mécanisme identique est à l’oeuvre aujourd’hui, l’inflation étant traitée comme un phénomène de demande alors qu’elle est, selon Marc Touati, principalement d’origine exogène, liée aux chocs énergétiques et à leurs effets de second tour sur les prix alimentaires et industriels.
L’euro comme amortisseur : un répit qui aggrave le mal
Ce mécanisme d’anesthésie mérite d’être précisé dans ses effets concrets. Gilles Raveaud l’illustre par un contre-exemple frappant : celui de Liz Truss au Royaume-Uni, qui a mené une politique fiscale comparable à celle d’Emmanuel Macron, mais sans le filet de l’euro. La crise de change a été immédiate, les taux d’intérêt sur la dette ont bondi, l’inflation a suivi, et le Premier ministre a été évincé par son propre parti en quelques semaines. En France, ce cycle d’ajustement brutal ne se déclenche pas.
Le paradoxe, selon Raveaud, est que cette protection est elle-même le problème. Un pays dont la balance commerciale est structurellement déficitaire devrait normalement voir sa monnaie se déprécier, ce qui renchérirait les importations, rendrait le déficit visible dans les prix et forcerait des décisions politiques. L’euro court-circuite ce signal. Résultat : l’appauvrissement se produit quand même, mais de façon diffuse et invisible.
« Si on n’avait pas fait cette affreuse monnaie unique, on n’aurait jamais eu le déficit commercial qu’on a actuellement, parce qu’on n’aurait pas pu se le payer. »
Jacques Sapir (Front Populaire)
Raveaud pointe un symptôme concret de cet appauvrissement rampant : pour la première fois depuis l’existence de l’Unédic, les allocations chômage n’ont pas été revalorisées à hauteur de l’inflation, les représentants patronaux ayant refusé de voter, paralysant la décision paritaire. Ce recul silencieux du niveau de vie réel, sans crise visible, est précisément ce que l’euro rend possible.
Un verdict venu d’Allemagne, d’autant plus difficile à écarter
Le chiffre mérite qu’on s’y attarde : entre 1999 et 2016, soit les seize premières années de la zone euro, un think tank allemand a estimé que chaque Français avait collectivement perdu 56 000 euros du fait de l’appartenance de la France à la monnaie unique. Ce qui rend ce calcul particulièrement difficile à balayer d’un revers de main, c’est sa provenance. L’institut en question n’avait aucun intérêt à charger l’euro, puisque la même étude montrait que l’Allemagne, elle, en avait tiré un bénéfice net substantiel. La démonstration était donc symétrique : ce qui a favorisé Berlin a pénalisé Paris, et ce de façon structurelle.
Le mécanisme sous-jacent est connu des économistes critiques de la zone euro : un taux de change unique fige les ajustements de compétitivité qui, auparavant, passaient par la valeur de la monnaie. La France, dont la structure productive et les niveaux de coûts différaient de ceux de l’Allemagne dès l’introduction de l’euro, s’est retrouvée avec une monnaie trop forte pour ses exportateurs industriels et trop rigide pour absorber les chocs asymétriques. La désindustrialisation accélérée des années 2000 s’inscrit directement dans cette contrainte.
« Ce n’est pas un think tank français souverainiste ou un think tank britannique. C’est un think tank allemand qui avait d’autant moins intérêt à le dire qu’il montrait par ailleurs que cela avait bénéficié à l’Allemagne. »
Vidéo de l’UPR
Ce type d’étude reste largement absent du débat public français, où la question du taux d’entrée dans l’euro et de ses effets à long terme sur l’appareil productif national est encore rarement posée frontalement.
Keynes, penseur des frontières : ce que la gauche a oublié
Un argument parcourt la transcription sans toujours recevoir le traitement qu’il mérite : Keynes n’était pas un penseur du marché ouvert, mais un penseur des frontières nationales. Toute relance keynésienne repose sur un présupposé tacite, la protection tarifaire, sans laquelle la demande stimulée par la dépense publique fuit vers les importations au lieu d’irriguer la production nationale.
L’exemple cité est éclairant : au tournant des années 1980, les relances socialistes françaises, conduites dans une économie dont les tarifs extérieurs avaient été progressivement abaissés, ont alimenté les exportations japonaises plutôt que l’industrie domestique. Les magnétoscopes importés sont devenus le symbole involontaire de cette contradiction. La stimulation de la demande avait bien eu lieu ; ses bénéficiaires se trouvaient simplement ailleurs.
Le mécanisme est mécanique, non idéologique :
« Tu ne peux faire une relance keynésienne qu’à partir de tes droits de douane. »
Idriss Aberkane
Cette logique éclaire directement la question du taux d’entrée dans l’euro : une monnaie surévaluée produit le même effet qu’une frontière ouverte. Elle renchérit les exportations, bon marché les importations, et transforme toute politique de soutien à la consommation intérieure en subvention déguisée aux industries concurrentes étrangères. Keynes lui-même opérait au sommet d’un empire encore protégé ; l’associer au libre-échange relève d’un contresens historique que ses héritiers autoproclamés n’ont jamais pris la peine de corriger.
L’euro, pompe à aides publiques : quand la monnaie unique crée ses propres rentiers
Ce mécanisme ne s’arrête pas à la seule éviction des entreprises compétitives. L’un des intervenants décrit un engrenage plus insidieux : en détruisant la base industrielle productive, l’euro a contraint l’État français à compenser par un flux croissant d’aides aux entreprises. Ce flux a lui-même généré une catégorie de structures dont l’activité réelle en France se réduit à capter ces transferts publics.
« L’euro détruisant l’industrie productive, pour compenser, l’État a multiplié les aides aux entreprises. Et donc tu as des gens qui n’ont quasiment que des boîtes à lettres en France pour pouvoir capter du pognon. »
Idriss Aberkane
Le raisonnement est circulaire et auto-entretenu : la monnaie unique supprime la compétitivité-prix, l’État subventionne pour atténuer les effets sociaux, les subventions elles-mêmes deviennent une rente qui n’incite pas à produire davantage sur le territoire. L’intervenant va plus loin en identifiant la taxe professionnelle d’apprentissage comme l’un des vecteurs concrets de cette captation, pointant des grandes entreprises présentes en France principalement pour accéder à ces dispositifs fiscaux et non pour y localiser une production.
Ce cercle vicieux éclaire un paradoxe comptable : les aides d’État censées défendre l’emploi industriel peuvent, dans certains cas, financer précisément les acteurs qui ont délocalisé la production que ces aides étaient supposées retenir.
Quand le marché bancaire ouvert a invité le loup dans la bergerie
La désindustrialisation ne s’explique pas seulement par un taux de change défavorable à l’entrée dans l’euro. Elle a aussi un versant bancaire que Pierre-Yves Rougeyron résume ainsi :
« Quand toi et moi on était gosse, toutes les affaires bancaires en France se réglaient entre le crédit agricole, la société générale et la BNP. Maintenant que tu es en marché bancaire ouvert, c’est les Américains qui tiennent. »
Pierre-Yves Rougeyron (chaîne Florian Philippot)
Le mécanisme décrit est celui de la fragmentation comme protection naturelle. Un marché bancaire national, même imparfait, constitue une barrière de fait : les acteurs étrangers ne peuvent pas y entrer massivement. L’intégration européenne a supprimé cette barrière sans que les banques du continent aient les reins suffisamment solides pour résister à la concurrence des établissements américains, bien capitalisés et adossés à un marché intérieur profond. Rougeyron pointe que la liste des spécialistes en valeur du Trésor français, les fameux SVT, rend ce basculement visible : qui tient la dette souveraine tient les conditions de financement de l’économie réelle.
La conséquence directe pour l’industrie est mécanique : des banques européennes sous-capitalisées prêtent moins, et moins longtemps, aux projets industriels lourds. L’énergie chère, analysée ailleurs dans cet article, a accéléré la désindustrialisation ; le rétrécissement du crédit bancaire national en a été le catalyseur silencieux, antérieur et moins visible.
Ce qu’il faut retenir
L’entrée dans l’euro à un taux surévalué n’est pas une explication unique de la désindustrialisation française, mais c’en est une dimension majeure que le débat public a trop longtemps ignorée. La retrouver permet de sortir des lectures purement idéologiques (tout à l’État ou tout au marché) pour comprendre une mécanique économique concrète. Surtout, elle rappelle que les choix macroéconomiques ont des conséquences industrielles profondes, et que les politiques de compétitivité ne peuvent pas se réduire à un traitement social du chômage.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Voir aussi
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Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
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