Quand Nikola Mirkovic évoque la dislocation de son pays natal, ce n’est pas un exercice théorique. Né yougoslave, il a vu de ses yeux ce qui arrive quand plusieurs communautés portent des projets antagonistes sur un même territoire. Aujourd’hui, dans un entretien accordé au Cercle Aristote, il livre un avertissement aux Français : ce qui s’est joué dans les Balkans n’est pas une fatalité lointaine, mais un miroir tendu à notre propre situation.

Pourquoi la fracture entre plusieurs peuples sur un même territoire finit-elle par dégénérer en guerre civile ?

Nikola Mirkovic identifie dans son analyse trois mécanismes qui mènent inévitablement à l’affrontement. D’abord, l’absence d’un récit commun dans lequel les différentes communautés peuvent s’intégrer : sans culture partagée, sans histoire assumée, sans volonté de vivre ensemble, le territoire devient un champ de forces contraires. Ensuite, la responsabilité d’une classe dominante qui, pour préserver ses intérêts, attise les divisions plutôt que de construire l’unité. Enfin, la tentation de certains groupes d’imposer un projet alternatif, transformant une cohabitation tendue en logique coloniale.

Le spectre yougoslave : quand un pays disparaît de la carte

Mirkovic ne fait pas dans la nostalgie gratuite. Son pays, la Yougoslavie, a été méthodiquement détruit dans les années 1990 par ce qu’il décrit comme des pressions extérieures et une trahison européenne. Mais l’effondrement n’aurait pas été possible sans une fragilité interne : des peuples frères qui, en quelques années, cessent de se reconnaître comme tels.

La leçon qu’il en tire est vertigineuse. Il ne suffit pas d’habiter le même territoire pour constituer une nation. Il faut, comme le rappelait Ernest Renan, un passé commun dont on est fier et l’envie de vivre ensemble. Sans cela, avertit-il, « si vous avez plusieurs populations qui ont des projets différents sur un même territoire, ça se termine mal ». Les exemples ne manquent pas : les îles Fidji, la Bosnie-Herzégovine, les régions déchirées du Donbass qu’il a parcourues lors de missions humanitaires.

« J’ai vu ça également en ex-Yougoslavie, je l’ai vu de mes yeux sur le terrain dans le Donbass. C’est terrible, on veut pas rentrer là-dedans. »

Nikola Mirkovic (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

La France face à sa propre fragmentation

Transposé à la France, le diagnostic est sans complaisance. Mirkovic pointe une classe dominante qui, selon lui, a méthodiquement détruit les conditions de l’unité nationale. En s’attaquant à la culture française, à son histoire, à sa langue, cette élite aurait rendu impossible toute intégration véritable des populations arrivées sur le territoire.

Sans référentiel commun, l’identité se recompose ailleurs. Il constate ainsi que certains jeunes issus de l’immigration musulmane adoptent des signes religieux que leurs parents ne portaient pas. « Parce qu’il se constitue une identité, parce qu’il y en a pas, et l’homme a besoin d’identité », analyse-t-il, rejoignant les travaux de Christophe Guilluy sur la fragmentation sociale.

Pour autant, Mirkovic refuse la caricature d’une guerre ethnique inéluctable. Il connaît, dit-il, de nombreux immigrés, notamment d’origine maghrébine, qui aiment la culture française plus que certains Français de souche. La ligne de fracture n’est donc pas ethnique ou religieuse : elle oppose ceux qui adhèrent au projet français et ceux qui, consciemment ou non, en poursuivent un autre.

Un discours de vérité avant qu’il ne soit trop tard

La position défendue dans cet entretien est claire : la France doit d’abord se réapproprier sa propre culture pour offrir un cadre d’intégration à ceux qui souhaitent la rejoindre. Aux autres, le message est frontal.

« Si vous n’aimez pas l’histoire de la France, ne restez pas en France. Parce que sinon, ce que vous êtes en train de dire, c’est que vous avez un projet alternatif pour la France qui est contraire aux intérêts des Français. »

Nikola Mirkovic (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Cet avertissement n’est pas un appel à la haine, mais une mise en garde nourrie par trente ans d’observation des conflits qui déchirent les peuples. La guerre civile n’est pas une abstraction théorique : elle est la conséquence prévisible d’une société qui renonce à se définir, laissant le champ libre à tous les projets contradictoires.

Ce qu’il faut retenir

L’expérience yougoslave, transposée au contexte français, nous enseigne qu’une nation ne survit pas sans un récit partagé. Nikola Mirkovic ne prédit pas l’inéluctable, mais il rappelle que l’unité nationale ne se décrète pas : elle se cultive, se défend et s’impose à ceux qui voudraient la détruire. Le temps presse, car ceux qui attisent les divisions n’attendront pas que les Français se réveillent.


*D’après un entretien de Nikola Mirkovic sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*


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