Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, la relation entre Paris et Moscou a connu une transformation radicale. De la main tendue à la rhétorique de confrontation, le chemin parcouru par la diplomatie française interroge autant qu’il révèle une ambition de leadership continental portée par l’Élysée.
Comment la posture française vis-à-vis de la Russie a-t-elle évolué depuis 2022 et qu’est-ce que cette escalade révèle des ambitions européennes d’Emmanuel Macron ?
La séquence diplomatique française s’est déployée en trois temps distincts : une tentative de séduction par l’invitation au château de Versailles, un durcissement verbal progressif face à l’absence de résultats, puis la caractérisation de la Russie comme menace existentielle pour la France et pour l’Europe. Le tout s’est accompagné d’une réactivation des budgets militaires français et européens, avec en toile de fond l’ambition de faire de la France le pilier stratégique du continent.
De la séduction à la menace : une escalade par paliers
Le sociologue Michel Fize, dans son dernier ouvrage Dans la tête de Macron, décrypte les ressorts de cette trajectoire. Selon lui, le président français a d’abord cherché à établir une proximité personnelle avec Vladimir Poutine. L’invitation au château de Versailles relevait d’une logique de séduction destinée à créer un rapport direct entre les deux dirigeants.
Il a d’abord essayé la séduction avec l’invitation au château de Versailles. Et comme ça n’a pas marché, il est rentré progressivement dans une escalade verbale.
Michel Fize (OMERTA)
Cette première phase reposait sur une attente précise, que Michel Fize qualifie de « miroir narcissique » : Emmanuel Macron espérait que le président russe lui renverrait une image de reconnaissance et d’importance sur la scène internationale. Or, Vladimir Poutine, dirigeant expérimenté à la longévité politique bien supérieure, n’est jamais entré dans ce jeu. Le constat dressé par l’essayiste est sans appel : « Pour les grands de ce monde, Trump et Poutine, Emmanuel Macron, ils ne l’ont jamais pris au sérieux. »
Cette absence de réciprocité aurait, selon l’analyse développée, constitué le moteur affectif du virage français. Déçu dans son désir de centralité diplomatique, le président serait passé de la séduction à la menace, jusqu’à qualifier la Russie de danger existentiel pour l’Europe.
L’ambition du leadership européen par la défense
Ce basculement rhétorique s’est accompagné d’une réorientation stratégique concrète : la relance des budgets militaires, en France comme à l’échelle européenne. Pour Michel Fize, cette dynamique répond à une aspiration présidentielle plus vaste : s’instituer en chef de file militaire du continent.
L’hypothèse évoquée dans l’entretien est celle d’un « Napoléon bis, chef des armées, donc chef d’état-major de l’Union européenne », fort de la dissuasion nucléaire française, seule arme indépendante de ce type au sein de l’Union. La « coalition des volontaires », associant la France à la Grande-Bretagne et à l’Allemagne, viendrait concrétiser cette ambition de gouvernance européenne par la défense.
Cette lecture de la diplomatie française sous l’angle psychologique plutôt que géopolitique fait débat, mais elle souligne une réalité observable : depuis 2022, l’Élysée a constamment cherché à occuper l’avant-scène sur le dossier russo-ukrainien, parfois en solitaire, quitte à surprendre ses partenaires européens.
Le message du livre : une alerte pour 2027
Au-delà de la chronologie diplomatique, l’ouvrage de Michel Fize se veut une mise en garde pour la période qui s’ouvre jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. L’auteur évoque l’hypothèse de provocations vis-à-vis de la Russie qui permettraient au président sortant de se poser en garant de la sécurité nationale dans une période de transition politique incertaine.
Les 10 mois qui viennent vont être très passionnants parce qu’on ne sait pas ce qui va se passer, y compris pour les candidats.
Michel Fize (OMERTA)
L’essayiste invite les Français à une forme de vigilance démocratique, estimant que la Ve République, par la concentration des pouvoirs qu’elle autorise, a permis une personnalisation inédite de la diplomatie française. Son plaidoyer pour une réforme institutionnelle vise à garantir que la politique étrangère du pays ne dépende plus, demain, des seuls ressorts psychologiques de son chef.
Ce qu’il faut retenir
La dégradation des relations franco-russes depuis 2022 illustre une diplomatie élyséenne largement indexée sur la personnalité de son chef, passant de la séduction à l’escalade sans parvenir à infléchir la trajectoire du conflit. L’ambition d’un leadership européen par la défense, si elle répond à une logique stratégique, reste suspendue à la capacité de la France à convaincre ses partenaires de s’aligner sur une vision qui demeure, pour l’heure, largement personnelle.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « Analyse du profil politique d’Emmanuel Macron par Michel Fize » de OMERTA
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