Au décès d’Édouard Balladur, l’invité de cet entretien rappelle ce que les nécrologies placent rarement au premier plan : l’ancien Premier ministre incarne le début des privatisations de masse des fleurons nationaux français. Une matrice politique dont les effets structurent encore l’économie du pays.

Son passage à Matignon coïncide également avec les accords du GATT, devenus l’OMC, qui ont accéléré l’ouverture commerciale et la désindustrialisation. Pour l’invité, ces deux décisions relèvent d’une même logique : le largage d’actifs stratégiques et l’alignement sur une mondialisation que la France subit plus qu’elle ne la maîtrise.

L’invité reconnaît que Balladur avait, tardivement, publié des positions plus souverainistes sur l’Europe. Mais il précise ne pas accorder beaucoup de crédit aux repentirs exprimés après avoir quitté le pouvoir et en avoir bénéficié. Il évoque aussi les attentats de Karachi, qui ont valu à l’ancien chef de gouvernement des démêlés judiciaires, ainsi que son usage électoral du dossier rwandais.

Au-delà du personnage, l’analyse renvoie à une classe politique dont les convictions de fond restent difficiles à distinguer sur les trente dernières années. Un héritage rarement discuté au moment des hommages, mais qui pèse encore sur la souveraineté économique française.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

La gauche des années 1980, moteur discret de l’intégration européenne

Ce rôle de la gauche dans l’approfondissement européen et la mondialisation mérite d’être rappelé avec précision. Des chercheurs, dont certains rattachés à des universités américaines comme Harvard, ont documenté à quel point le personnel politique issu de la deuxième gauche française a été particulièrement actif dans la promotion de la supranationalité. Jacques Delors, à la tête de la Commission européenne à partir de 1985, incarne cette dynamique : c’est sous sa présidence que l’Acte unique européen est adopté, accélérant l’intégration des marchés bien au-delà de ce qu’avaient envisagé les pères fondateurs. Pascal Lamy, lui, prolongera cette trajectoire à l’Organisation mondiale du commerce, institution dont la vocation est précisément de faire prévaloir les règles du commerce international sur les décisions nationales.

Ce basculement s’opère dans un contexte précis : les élites socialistes des années 1980 et 1990 rompent avec la tradition protectrice de l’après-guerre, celle d’une génération qui avait connu le conflit et restait attachée aux prérogatives de l’État-nation. La mondialisation ne s’est donc pas imposée à la France comme une contrainte extérieure subie passivement : elle a été portée, depuis l’intérieur, par des personnalités qui se réclamaient de la gauche réformiste. C’est ce fil historique que l’héritage Balladur, souvent réduit aux seules privatisations, ne suffit pas à expliquer seul.

Vidéo « Référendum sur l’adhésion à l’UE dans une île de 400 000 habitants » de Idriss J. Aberkane, Ph.D x3

Vidéo de OMERTA

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