Quand un peuple vacille, la tentation est grande de chercher des solutions dans l’économie, la géopolitique ou les institutions. Mais pour Nikola Mirkovic, auteur de Déclin et renouveau. Comment les Français se relèveront ?, la réponse vient d’ailleurs. Elle vient d’une philosophe morte en 1943, à 34 ans, après avoir traversé l’exil et la guerre. Dans son ouvrage L’Enracinement, Simone Weil pose une idée aussi simple que subversive : l’enracinement est un besoin vital de l’âme humaine. Et c’est précisément ce besoin que la France a oublié.
Qu’est-ce que l’enracinement selon Simone Weil et pourquoi est-ce un besoin de l’âme ?
L’enracinement est un besoin vital de l’âme humaine, aussi fondamental que la nourriture ou la sécurité. Pour Simone Weil, il se définit comme la participation active et naturelle à une collectivité qui entretient des trésors du passé et des pressentiments d’avenir. Sans ces racines culturelles, historiques et communautaires, un peuple se désagrège parce qu’il perd à la fois sa mémoire et sa raison de vivre ensemble. Nikola Mirkovic rappelle cette définition dans son entretien avec le Cercle Aristote :
« Qu’est-ce que c’est que les racines ? C’est un des besoins les plus importants pour l’âme humaine. Et on a une racine comment ? En participant de manière active, de manière naturelle à une collectivité qui entretient un legs, des trésors du passé et des pressentiments d’avenir. »
Nikola Mirkovic (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)
Ce que décrit Weil, c’est le ciment invisible qui fait tenir un peuple dans la durée. Et c’est ce ciment qui, selon Mirkovic, manque cruellement à la France contemporaine.
La France face au vertige : quand les racines se défont
Le constat dressé par Nikola Mirkovic est celui d’une société malade de son individualisme. Le matérialisme ambiant, le capitalisme ultralibéral et le recul de l’État-nation ont érodé les liens qui unissaient les Français. L’observateur des conflits internationaux, qui a vu la Yougoslavie se déchirer et l’ex-Yougoslavie disparaître, tire un enseignement direct de ses expériences de terrain : ce qui permet à un peuple de résister dans l’épreuve, c’est la culture. « La culture, c’est ce qui reste quand on n’a plus rien », insiste-t-il.
Or, les Français ont été progressivement dépossédés de leur héritage. Une élite déconnectée a, selon lui, tout fait pour dissoudre ce qui pouvait coaguler la nation : la langue, les traditions, l’histoire commune. Résultat : on connaît mieux les écrans que les Fables de La Fontaine. On attend le sauveur plutôt que de tisser des liens. Et ceux qui arrivent en France ne trouvent plus rien dans quoi s’intégrer, poussés à se replier sur des identités alternatives faute d’un creuset culturel partagé.
Le legs vivant : ce que Weil enseigne à la France d’aujourd’hui
Pour Nikola Mirkovic, Simone Weil n’est pas une référence de bibliothèque. Elle est une boussole pour l’action. Car l’enracinement n’est pas un repli nostalgique sur un passé figé : il est la condition d’un avenir commun. La philosophe parle de « pressentiments d’avenir » parce qu’un peuple qui connaît ses gloires passées peut se projeter. Mirkovic évoque le peuple serbe, occupé cinq siècles par les Ottomans, qui a survécu parce qu’il a entretenu la mémoire de ses héros et de sa foi, même sous la domination.
C’est cette même logique qu’il appelle de ses vœux pour la France. Le renouveau ne viendra pas d’un homme providentiel ni d’un programme électoral miraculeux. Il viendra d’une multitude d’étincelles individuelles : des Français qui se réapproprient leur culture, qui participent à la vie associative, municipale ou paroissiale, bref, qui retrouvent le goût de vivre ensemble. Cessons d’être spectateurs et consommateurs de la politique, dit-il en substance. Commençons par nous impliquer là où nous sommes.
Renouer avec l’âme française est un acte de résistance
Dans un système qui divise pour mieux régner, restaurer l’enracinement est un acte politique de premier ordre. Nikola Mirkovic y voit même un antidote à la déprime ambiante. La France, rappelle-t-il, est une des plus vieilles nations du monde. Ses racines sont encore vivaces. Mais pour qu’elles nourrissent demain, encore faut-il que les Français acceptent d’en prendre soin.
Ce qu’il faut retenir
L’enracinement n’est ni un luxe ni une rêverie passéiste. C’est la condition même de la survie d’un peuple. En redécouvrant cette vérité énoncée par Simone Weil, les Français peuvent trouver dans leur propre héritage les raisons et la force de se relever. Une renaissance collective commence toujours par une prise de conscience individuelle.
*D’après un entretien de Nikola Mirkovic sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
Pour aller plus loin
- Déclin et renouveau. Comment les Français se relèveront ?, Nicolas Mirkovic (Éditions des Syrtes)
- L’Enracinement, Simone Weil
- La France contre les robots, Georges Bernanos
- De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville
Cet article vous a-t-il été utile ?
Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)
Merci, c’est noté.
