La question de la souveraineté française ne se résume pas à un simple rapport de force institutionnel. Elle interroge la nature même de l’État : instrument de protection collective ou machine administrative déconnectée des citoyens ? Dans son ouvrage Déclin et renouveau : comment les Français se relèveront, Nikola Mirkovic, essayiste et analyste géopolitique, pose les bases d’une réflexion qui dépasse les clivages traditionnels. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’État, mais de déterminer quel type d’État peut redonner aux Français la maîtrise de leur destin.

Pourquoi opposer l’État stratège à l’État administratif lorsqu’on parle de souveraineté ?

La réponse tient en quatre réalités que l’invité développe méthodiquement. D’abord, un État stratège défend les intérêts des Français quand un État administratif les dilue. Ensuite, le premier institue des hommes quand le second administre des choses. Par ailleurs, l’État stratège rend des comptes, tandis que l’administration technocratique les refuse. Enfin, l’un protège la culture nationale, l’autre la dissout activement.

L’État stratège, pilier de la renaissance nationale

Nikola Mirkovic puise dans l’histoire pour illustrer ce qu’est un État qui assume ses fonctions régaliennes sans écraser le corps social. « Je ne suis pas antiétatiste », précise-t-il, « je veux un État fort, un État stratège. Je ne veux pas un État qui dicte. » La nuance est décisive : il s’agit de penser une puissance publique capable d’agir dans le concert des nations tout en restant au service du peuple.

La critique qu’il adresse au système actuel ne porte pas sur l’existence même de l’État, mais sur sa mutation en une administration froide, peuplée de ce que Jacques Peran appelait des « spécialistes » et des « techniciens », qui considèrent que le reste de la population n’a pas à se mêler de politique. Cette caste, explique l’auteur, a besoin d’environ 20 % de technogestionnaires au sein du peuple pour le contrôler, le quadriller et le paralyser.

« On est dans ce monde des spécialistes, des techniciens qui pensent que le reste de la population n’a pas à se mêler de la politique, qui pensent qu’il faut diviser pour mieux régner parce que c’est comme ça qu’on va pouvoir avancer plus rapidement. Et le peuple se dilue. »

Nikola Mirkovic (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Le résultat est un État qui ne défend plus les intérêts des Français : il brade l’électricité nationale à des puissances étrangères, dilapide le patrimoine et abandonne les plus fragiles, ces neuf millions de pauvres que la République prétend protéger.

La subsidiarité détournée, ou comment l’administration a colonisé l’État

L’entretien met en lumière un paradoxe français rarement évoqué avec cette clarté. La décentralisation, présentée comme un progrès démocratique, a en réalité détruit les corps intermédiaires tout en créant une sous-élite coloniale. L’État a supprimé un million de fonctionnaires régaliens (policiers, enseignants, soignants) pour engendrer un million de délégués en conseils régionaux, absorbant des sommes colossales sans produire de légitimité démocratique.

Nikola Mirkovic observe que le seul échelon local qui conserve la confiance des Français est la mairie, précisément celui que la décentralisation a le plus affaibli avec la création des communautés de communes. Ce constat rejoint une intuition fondamentale : les citoyens veulent moins de structures intermédiaires abstraites et davantage d’effectivité dans la décision publique. Ils attendent un patron, pas un énième comité Théodule.

Pour autant, l’essayiste ne cède pas à la tentation d’un pouvoir vertical sans contrepoids. Il propose des mécanismes de responsabilité directe : référendums d’initiative citoyenne, obligation pour les élus de rendre des comptes sur leurs promesses de campagne, possibilité de révoquer ceux qui trahissent leur mandat. L’État stratège qu’il appelle de ses vœux n’est pas une idole, mais un serviteur armé pour défendre l’intérêt général.

La culture comme âme de l’État souverain

Ce qui distingue fondamentalement l’État stratège de l’administration léviathan, dans l’analyse développée par Nikola Mirkovic, c’est le rapport à la culture nationale. L’auteur s’appuie sur son expérience des terrains de guerre et sur l’histoire des peuples qui ont survécu à des siècles d’occupation, en particulier le peuple serbe, maintenu sous le joug ottoman pendant cinq siècles.

« À la fin, ce qui permet au peuple de résister, c’est vraiment la culture », affirme-t-il. La leçon vaut pour la France : un État qui ne défend pas activement l’héritage culturel qui fonde la communauté nationale ne peut pas prétendre à la souveraineté. Il devient un simple gestionnaire de flux, une plaque tournante administrative pour des décisions prises ailleurs.

« Aujourd’hui l’État français ne défend plus les intérêts des Français. Quand on a un État stratège, quand on a un État occupé par des hauts fonctionnaires qui ont envie de défendre l’intérêt des Français, qui ne vendent pas l’électricité des Français à des nations étrangères, qui ne bradent pas le patrimoine, là on peut envisager une société stable et sereine. »

Nikola Mirkovic (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Cette dimension culturelle n’est pas un supplément d’âme, elle est la condition même de la résilience collective. Sans elle, l’intégration des nouveaux arrivants devient impossible, non par incapacité de ces derniers, mais parce qu’il n’y a tout simplement plus de cadre commun dans lequel s’intégrer.

Ce qu’il faut retenir

L’opposition entre État stratège et État léviathan n’est pas un débat de techniciens : elle engage la survie même du peuple français comme communauté politique. Nikola Mirkovic rappelle que la souveraineté véritable ne se décrète pas, elle s’incarne dans une administration qui défend, des élus qui rendent des comptes et une culture qui rassemble. Pour approfondir cette réflexion, son ouvrage Déclin et renouveau : comment les Français se relèveront (éditions des Syrtes) offre une feuille de route exigeante, à mille lieues des illusions technocratiques comme des renoncements défaitistes.


*D’après un entretien de Nikola Mirkovic sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*


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