Lorsqu’un État abandonne sa monnaie nationale, il ne renonce pas seulement à un symbole ou à un billet de banque. Il cède concrètement les leviers qui lui permettent de décider de sa politique économique et budgétaire. C’est précisément ce mécanisme que François Asselineau, fondateur de l’Union populaire républicaine, décortique dans sa conférence « Qui gouverne la France et l’Europe ? », en expliquant comment l’euro a opéré un transfert massif de souveraineté au profit d’institutions non élues.
Qu’est-ce que la France a perdu avec l’euro ?
L’euro a retiré à la France trois attributs fondamentaux de sa souveraineté économique : le contrôle de sa politique monétaire, confié à la Banque centrale européenne de Francfort ; la maîtrise de son taux de change, désormais unique pour 19 économies aux réalités divergentes ; et l’autonomie de sa politique budgétaire, encadrée par les traités que la Commission européenne est chargée de faire respecter. En pratique, cela signifie que les gouvernements français, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne disposent plus des instruments qui leur permettraient de mener une politique économique indépendante.
L’invité le formule sans détour : l’objectif du mouvement qu’il a fondé est de « rendre aux Français leur droit inaliénable à décider par eux-mêmes de leur politique économique, de leur politique budgétaire, puisque actuellement avec l’euro tout nous a été volé au profit de la Banque centrale européenne de Francfort et la Commission européenne ».
Un transfert de souveraineté aux conséquences visibles
La démonstration s’appuie sur un constat chiffré. L’analyse rappelle que le chômage est passé de 1,98 million de demandeurs d’emploi en mars 2008 à plus de 3,6 millions fin 2014, sans que l’alternance politique n’y change rien. Cette trajectoire est présentée comme la preuve que les marges de manœuvre nationales se sont évanouies : « Vous votiez à droite ou que vous votiez à gauche, ça ne change strictement rien. La situation continue invariablement à se dégrader. »
Le cas d’autres pays est également évoqué pour illustrer les effets de cette architecture institutionnelle.
La Grèce est à feu et à sang avec 60 % de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans et pratiquement 29 % de chômage dans la population active, en attendant ce qui se passe au Portugal, en Espagne, en Italie et même en France.
Union Populaire Républicaine
Un cadre juridique verrouillé
L’un des points les plus pédagogiques de la conférence concerne le fonctionnement concret des institutions européennes. L’invité invite les citoyens à poser des « questions bêtes » qui révèlent l’impuissance des élus nationaux, par exemple : comment modifier les traités européens alors qu’ils exigent l’unanimité des 28 États membres ?
Il rappelle le cas de François Hollande, candidat à la présidence, qui promettait de renégocier le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). La France représentant une voix sur 28, une telle renégociation était structurellement impossible, sauf à obtenir l’accord de tous les autres signataires. Ce verrou institutionnel fait obstacle à toute reprise en main démocratique des choix budgétaires par les peuples.
Ce qu’il faut retenir
L’euro n’est pas une simple devise commune, mais la clé de voûte d’un système qui place les décisions budgétaires et monétaires hors de portée des électeurs nationaux. Cette mécanique institutionnelle explique pourquoi, malgré les alternances, la politique économique française suit une trajectoire constante depuis plus de vingt ans. La question que pose cette conférence, en creux, est simple : un peuple qui ne décide ni de sa monnaie, ni de son budget, ni de ses déficits, peut-il encore se dire souverain ?
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Voir aussi
Pour aller plus loin
- Le dernier Mitterrand, Georges-Marc Benamou (Plon)
- C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte (Fayard)
- Le Grand Échiquier, Zbigniew Brzeziński (Hachette Littératures)
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