Un master de droit public affiché sur le site de Matignon, une première année validée seulement, et une juridiction qui estime qu’il n’y a pas de préjudice. L’affaire Lecornu vient de connaître son épilogue judiciaire. Elle en dit long sur la manière dont la France traite la question des faux diplômes en politique, quand tant d’autres démocraties y voient un motif de démission immédiate.

Pourquoi la plainte du Snapen contre Lecornu a-t-elle été jugée irrecevable par la CJR ?

La Cour de justice de la République a considéré que la plainte du Syndicat national des agents publics de l’éducation nationale (Snapen) était irrecevable, au motif que l’inexactitude relevée dans le CV du Premier ministre ne portait pas de préjudice direct au syndicat requérant. Selon l’invité, qui revient en détail sur cette séquence :

La CJR a tranché en disant que finalement, bon, c’est vrai que c’était pas exact, mais que ça ne portait pas préjudice au syndicat national des agents publics de l’éducation nationale, ce qui n’a donc que comme ça ne lui portait pas préjudice, il n’y avait donc pas lieu de poursuivre.

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Les faits sont simples : Sébastien Lecornu avait indiqué, sur le site officiel de Matignon, être titulaire d’un master de droit public. Or, ce diplôme s’obtient en deux ans, à un niveau bac +5. Le Premier ministre n’avait validé que la première année, soit un niveau bac +4, avant d’abandonner. L’information, relevée notamment par Mediapart, a conduit Matignon à corriger rapidement la présentation du CV. Mais le Snapen ne s’en est pas tenu là et a engagé une procédure qui a finalement été classée au stade de la recevabilité.

Une question de principe au-delà de l’intérêt syndical

L’irrecevabilité prononcée par la CJR pose problème, selon l’invité, car elle réduit le débat à la question de savoir si le syndicat a subi un préjudice direct. Or, l’enjeu dépasse selon lui largement l’intérêt particulier du Snapen : c’est la dignité de la fonction de chef du gouvernement qui est en cause. Le fait de se prévaloir d’un diplôme inexistant constitue ce qu’il appelle un « faux CV », et porte atteinte, non pas à tel ou tel corps intermédiaire, mais au peuple français dans son ensemble.

Si monsieur Lecornu s’est prévalu d’un faux curriculum vitae, il n’a certainement pas lésé le syndicat des agents publics de l’éducation nationale, bien sûr, mais il a lésé la dignité de la fonction, il a lésé le peuple français.

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Cette lecture renvoie à une conception exigeante de la représentation nationale : un responsable politique qui ment sur ses titres universitaires ne commet pas qu’une approximation administrative. Il altère le rapport de confiance entre les citoyens et l’exécutif. La CJR, en se limitant à une analyse procédurale, laisse entière la question de fond.

Les précédents dans la Macronie : Macron et l’ENS

L’invité replace cette séquence dans un contexte plus large. Il rappelle qu’Emmanuel Macron a lui-même laissé s’installer, sans jamais le corriger clairement, le récit selon lequel il aurait été diplômé de l’École normale supérieure (ENS). L’intéressé a bien présenté le concours par deux fois, mais a échoué aux deux tentatives. Malgré cela, des personnalités proches du président, comme Alain Minc, ont pu affirmer publiquement, sans être contredites, que Macron avait suivi le parcours « ENS, ENA, inspection des finances ». L’information a circulé jusque dans des notices biographiques avant d’être discrètement nettoyée une fois la réalité connue.

L’invité évoque également l’épisode, datant de 2016, où Emmanuel Macron avait évoqué des échanges suivis avec un intellectuel tunisien, Abdelwahab Meddeb, alors que celui-ci était décédé plusieurs années auparavant. Il mentionne enfin le souvenir contesté d’une collaboration avec le philosophe Étienne Balibar, dont l’intéressé a déclaré ne garder aucune mémoire. Sans se prononcer sur l’intentionnalité de chaque épisode, il y voit une pratique récurrente : laisser croire, suggérer, ne pas démentir ce qui avantage publiquement.

Une exception française face à des pratiques démocratiques plus rigoureuses

L’invité dresse un tour d’horizon international qui illustre la différence de traitement. En Allemagne, où le titre de docteur est particulièrement valorisé, plusieurs responsables politiques ont dû démissionner pour plagiat dans leur thèse : le ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg en 2011, la vice-présidente du Parlement européen Silvana Koch-Mehrin la même année, la ministre de l’Éducation Annette Schavan en 2013, puis la ministre de la Famille Franziska Giffey en 2021. En Norvège, en janvier 2024, la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Sandra Borch, a démissionné le jour même de la révélation de son plagiat, imitée le lendemain par la ministre de la Santé Ingvild Kjerkol. En Hongrie, c’est un président de la République, Pál Schmitt, qui a dû quitter ses fonctions en 2012 après la découverte que 197 des 215 pages de sa thèse étaient copiées. En Espagne, au Pakistan, au Kirghizistan ou encore au Japon, des élus ont perdu leur mandat pour de faux diplômes.

La France, en comparaison, apparaît singulièrement tolérante. L’invité en tire une conclusion sévère :

En Espagne, en Allemagne, au Japon, au Pakistan, en Hongrie, en Norvège et dans la plupart des pays civilisés, la découverte d’un faux curriculum vitae entraîne la démission des responsables politiques. En France, non.

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Ce qu’il faut retenir

La décision de la CJR clôt juridiquement le dossier Lecornu, mais elle ne règle pas la question que pose la récurrence de faux CV dans la sphère exécutive française. Le contraste avec les pratiques de nombreuses démocraties européennes et internationales est net : la France traite ces affaires comme des péripéties négligeables, là où d’autres y voient une atteinte directe à la probité de la fonction. Reste à savoir si cette tolérance finira par éroder durablement la confiance des citoyens dans leurs représentants, ou si elle appellera au contraire à une remise à niveau des exigences de transparence.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Cour de Justice de la République et faux CV » de UPR

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