Alors que la Gironde affronte des incendies d’une ampleur considérable, une réalité de terrain s’est imposée : des agriculteurs ont spontanément ravitaillé en eau les engins des sapeurs-pompiers, évitant des ruptures d’extinction qui auraient pu être dramatiques. Cette solidarité active, saluée par les observateurs, pose une question concrète de politique publique : faut-il formaliser leur rôle dans les dispositifs de secours ?

Quel rôle les agriculteurs peuvent-ils jouer dans la lutte contre les feux de forêt ?

Les agriculteurs et professionnels du massif forestier peuvent intervenir sur trois axes complémentaires. Premièrement, le ravitaillement en eau des colonnes de pompiers directement sur zone, évitant les norias logistiques chronophages. Deuxièmement, la création de pare-feux opérationnels par abattage d’arbres à l’aide de leur matériel. Troisièmement, la surveillance des zones éteintes pour détecter les fumeroles résiduelles et prévenir les reprises de feu.

Une organisation de sécurité civile qui repose sur le maillage communal

Pour comprendre l’enjeu de cette intégration, il faut rappeler l’architecture de la sécurité civile française. Comme l’explique Hervé Carresse, ex-officier d’infanterie et ancien responsable de la prévention des risques à l’armée de Terre, le système est centralisé au niveau national tout en étant décliné jusqu’à la commune. En cas d’événement majeur, c’est le préfet de département qui assure la direction des opérations de secours, avec sous ses ordres le service départemental d’incendie et de secours.

Au niveau communal, le maire est directeur des opérations de secours pour sa commune. À ce titre, il met en place un plan communal de sauvegarde, document qui analyse les risques du territoire et organise la réponse. Or, ces plans prévoient déjà la possibilité d’équipes de secourisme bénévole intégrées au dispositif. La question n’est donc pas d’inventer un cadre inexistant, mais de l’activer concrètement.

L’exemple girondin : quand la spontanéité pallie les fragilités

Lors de l’incendie qui a menacé le Porge et le Cap Ferret, l’évacuation anticipée des populations a été remarquablement conduite. Mais c’est l’action des agriculteurs qui a retenu l’attention sur le volet extinction.

Les agriculteurs ont assuré les norias en allant directement recompléter les tonnes à eau des engins des sapeurs-pompiers. Cela a permis de multiplier les moyens qui étaient en position d’attaque, sans rupture d’extinction.

Hervé Carresse (OMERTA)

Hervé Carresse rappelle qu’avant le développement des moyens départementaux modernes, il existait des « pompiers forestiers », employés communaux dédiés à cette mission. Cette histoire locale n’est pas anecdotique : elle montre qu’un corps intermédiaire formé et équipé peut jouer un rôle de premier plan. Aujourd’hui, l’enjeu est de professionnaliser ce qui relève encore de l’initiative individuelle, sans l’étouffer sous une couche administrative disproportionnée.

Des parfeux pour protéger les communes vulnérables

L’autre enseignement majeur de ces incendies concerne l’urbanisme et la prévention structurelle. Des communes comme Le Porge sont littéralement insérées dans le massif forestier. Lorsque le feu prend, elles sont en première ligne. La reconstruction et les aménagements futurs devront intégrer cette réalité.

Il y a une réflexion à mener sur la protection du Porge, le séparer du massif forestier par un pare-feu. De même que pour Biscarrosse, ce n’est pas la première fois qu’elle est menacée.

Hervé Carresse (OMERTA)

Sur ce plan également, les agriculteurs et sylviculteurs disposent des compétences techniques et du matériel pour créer ces coupures stratégiques. Leur inclusion dans les plans communaux ne relève pas d’un élan sentimental, mais d’une rationalité opérationnelle.

Feux de forêt : quand la défiance paralyse la coordination

La question de l’intégration des acteurs locaux dans les dispositifs de secours prend une dimension particulière lorsqu’on la replace dans un contexte de rupture de confiance plus large. Pierre-Yves Rougeyron, interrogé sur l’été 2025, formule un constat sévère :

« C’est la première fois que personne n’a confiance en personne à ce degré-là. »

Pierre-Yves Rougeyron (OMERTA)

Il cite précisément la gestion des feux de forêt dans le sud de la France pour illustrer cette fracture, évoquant des arbitrages qui auraient conduit à laisser brûler des propriétés de particuliers pour préserver celles de résidences secondaires du littoral. Sans valider ou infirmer ce récit, il pointe un mécanisme bien documenté par les spécialistes de la gestion de crise : la défiance entre les échelons décisionnels et les acteurs de terrain ralentit les chaînes de commandement et fragilise la mutualisation des ressources. Or, les pompiers, les agriculteurs et les propriétaires forestiers ne peuvent coordonner leur action que si la décision publique est lisible et perçue comme légitime.

Ce constat rejoint les débats récurrents sur la décentralisation opérationnelle des plans de protection des forêts contre l’incendie, dont les révisions successives ont toujours buté sur la question de qui décide quoi, et à quelle échelle. La confiance institutionnelle n’est pas un préalable symbolique : c’est une condition opérationnelle.

Ce qu’il faut retenir

L’intégration formelle des agriculteurs dans les plans de secours n’est pas une utopie participative : elle s’appuie sur des gestes déjà accomplis sur le terrain et sur un cadre juridique communal qui le permet. Reste à dépasser l’électoralisme ambiant pour en tirer les conséquences, en formant, en équipant et en coordonnant ces forces civiques prêtes à défendre leur territoire. Une piste concrète pour une souveraineté de proximité.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

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