La France occupe désormais la 25e ou 27e place mondiale en mathématiques, alors qu’elle figurait au premier rang il y a un siècle. Ce constat, dressé par Alexandre Del Valle lors d’un entretien pour Omerta, illustre un déclassement intellectuel qui fragilise la compétitivité française sur l’échiquier mondial.

« Dans le monde multipolaire, on a des mathématiciens meilleurs que les nôtres », souligne l’auteur, qui observe chez ses propres étudiants une absence de « culte de l’effort » et de volonté de se dépasser. Face à un jeune cadre chinois ou turc, discipliné et prêt à enchaîner dix heures de travail, le décrochage devient structurel.

Ce retard ne relève pas uniquement de l’éducation : il traduit, selon Del Valle, un problème civilisationnel plus vaste. Le goût du loisir, la pause café, les réseaux sociaux et le culte des 35 heures pèsent dans la balance quand les puissances montantes avancent avec une détermination que l’Occident a perdue. Sans réarmement intellectuel et retour à une véritable exigence, la France risque de rester spectatrice d’un monde qui ne l’attendra pas.

Ce que le terrain révèle, au-delà des indicateurs officiels

Les classements internationaux mesurent des compétences à un instant T. Ce qu’ils ne captent pas, c’est la vitesse à laquelle le socle se dégrade. Ophélie Roque, professeure de lettres modernes en banlieue parisienne depuis dix ans, décrit une rupture nette sur les quatre ou cinq dernières années, qualitativement différente de la lente érosion que ses collègues les plus anciens avaient documentée.

Le signal qu’elle retient est précis : là où une anecdote hors-programme suffisait autrefois à capter l’attention d’une classe, ce ressort ne fonctionne plus. La curiosité, dit-elle, n’est pas seulement moins vive ; elle semble structurellement atteinte.

« En 10 ans, il y a vraiment une baisse de niveau qui s’est accentuée, j’ai envie de vous dire, les quatre ou cinq dernières années. »

Ophélie Roque (Front Populaire)

Elle pointe un mécanisme que les statistiques agrégées effacent : les enseignants adaptent leurs programmes vers le bas non par renoncement délibéré, mais parce que maintenir le niveau antérieur revient à perdre toute une classe. Ce glissement progressif, répété année après année, produit des curricula réels très éloignés des curricula officiels, sans que cette divergence n’apparaisse dans aucun indicateur public.

Les matières scientifiques, souvent présentées comme un point fort de la génération « connectée », ne feraient pas exception : selon Roque, c’est précisément là que les taux d’effondrement seraient les plus marqués, contredisant l’argument selon lequel les élèves compenseraient en sciences ce qu’ils perdent en lettres.

Le niveau en mathématiques au secondaire : une chute mesurable

Les données évoquées lors du direct UPR du 9 septembre 2027 précisent l’ampleur du recul : selon les statistiques citées par François Asselineau, le niveau en mathématiques des élèves de seconde aurait rejoint celui des élèves de quatrième de l’année 2000, soit un décrochage de deux années scolaires en à peine deux décennies. Un glissement que l’intervenant qualifie de « catastrophique » et qui concerne tous les niveaux, de l’école primaire au lycée.

Asselineau relie ce phénomène à plusieurs évolutions pédagogiques postérieures à Mai 68, notamment la remise en cause de la notation, la simplification des programmes et la méthode globale d’apprentissage de la lecture associée à Philippe Meirieu. Il soulève également un angle rarement intégré dans le débat public : la comparaison avec les systèmes éducatifs d’Asie orientale, où des pays comme la Chine, la Corée du Sud ou Taïwan forment des cohortes massives d’ingénieurs et de scientifiques classés parmi les meilleurs du monde, sans avoir allégé leurs exigences.

« C’est dans l’exigence, dans le travail, dans le suivi, dans le respect du travail, dans l’effort que l’on progresse et aussi dans la compétition. »

François Asselineau (UPR)

La question posée dépasse le seul cadre pédagogique : une nation dont le capital humain se dégrade structurellement perd progressivement la capacité à maîtriser ses choix technologiques, industriels et stratégiques. La souveraineté, rappelle cet angle de lecture, ne se réduit pas aux traités ou aux institutions : elle se construit aussi dans les classes.

Secondes d’aujourd’hui, quatrièmes d’hier : le décrochage en chiffres

Ce constat ne date pas d’hier, mais une donnée circule désormais dans le débat public et mérite d’être posée clairement : le niveau atteint en mathématiques par les élèves de seconde en 2025 correspond, selon les courbes analysées par François Asselineau lors d’un direct diffusé le 9 septembre 2027, à celui des élèves de quatrième en l’an 2000. Soit un recul de deux années scolaires complètes en un quart de siècle.

« C’était aujourd’hui, j’ai vu, il paraît que on a maintenant le niveau des maths en seconde qui est le même que le niveau des maths en 4e en 2000. En 2000, il y a 20 ans. C’est affolant. »

François Asselineau (UPR)

Ce glissement ne se lit pas seulement dans les statistiques françaises. Il prend une tout autre dimension mis en regard avec la dynamique asiatique : la Corée du Sud, la Chine et Taïwan produisent actuellement, selon Asselineau, des « bataillons d’ingénieurs, de techniciens supérieurs, de mathématiciens, de scientifiques, de biologistes, de spécialistes de l’intelligence artificielle » qui affichent, d’après les études internationales comparatives, les résultats les plus élevés au monde.

Le mécanisme avancé pour expliquer ce contraste est pédagogique autant que culturel : dans ces systèmes, l’exigence, la notation et la compétition scolaire sont maintenues, y compris lorsque l’apprentissage de l’écriture mobilise des années entières, comme c’est le cas avec les idéogrammes chinois ou les trois systèmes graphiques du japonais. La difficulté assumée y est présentée non comme un obstacle, mais comme le moteur du progrès.

L’effondrement confirmé par les chiffres : un an de niveau perdu

Les résultats PISA les plus récents donnent une mesure concrète du recul. Juan Branco, avocat et essayiste, en livre l’interprétation suivante dans un entretien récent :

« Les classements PISA qui viennent de sortir, en niveau de mathématiques, c’est un an de perdu en dix ans. On est passé de… si vous arrivez jusqu’en terminale, vous êtes arrivé en première par rapport à il y a quinze ans. »

Juan Branco (Thinkerview)

Ce chiffre illustre un glissement progressif mais massif du niveau moyen des élèves français, que les résultats agrégés des classements internationaux tendent à lisser. Branco situe une partie de la responsabilité dans le profil de ceux qui ont conçu et appliqué les réformes éducatives des deux dernières décennies. Il pointe notamment le cabinet de Marisol Touraine, où officiaient, selon lui, des conseillers politiques sans formation en santé publique ni en pédagogie, parmi lesquels des figures qui allaient ensuite occuper des postes gouvernementaux de premier plan. C’est dans ce contexte que des décisions structurantes ont été prises, comme la suppression d’épreuves ou la réorganisation des cycles, sans compétence sectorielle identifiable à leur origine.

Ce mécanisme de recrutement politique, où la loyauté prime sur l’expertise, n’est pas propre à un seul ministère. Il produit des effets qui mettent des années à apparaître dans les classements, et davantage encore à être reconnus publiquement pour ce qu’ils sont.

Entretien avec Alexandre Del Valle

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