Après s’être personnellement mis en avant lors de l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, Emmanuel Macron a progressivement effacé le Liban de l’agenda diplomatique français. Un abandon qui interroge, alors que ce pays comptait historiquement sur la France comme interlocuteur privilégié au Moyen-Orient.
Pourquoi la relation France-Liban s’est-elle dégradée sous Macron ?
Interrogé sur l’état de la diplomatie française, Régis Le Sommier dresse un constat sévère. Selon lui, l’effacement de la France au Liban s’explique par :
- Une présence initiale très médiatique de Macron après l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, sans traduction concrète durable
- La disparition progressive du Liban des priorités diplomatiques de l’Élysée, y compris durant la campagne israélienne au Sud-Liban
- L’absence de personnalités politiques françaises de premier plan sur place, alors même que les Libanais exprimaient une attente forte vis-à-vis de la France
- Un effacement plus large de la parole française au Moyen-Orient, symbolisé par l’absence de relais diplomatiques actifs
Une promesse de 2020 restée sans lendemain
Revenant sur la séquence d’août 2020, Régis Le Sommier rappelle qu’Emmanuel Macron s’était immédiatement rendu au chevet du Liban après l’explosion du port de Beyrouth, déclarant qu’il allait « aider », se mettant personnellement en avant. Une posture caractéristique du président français, selon l’analyste, qui distingue chez lui deux registres : l’affichage et l’action réelle.
« Le Liban a disparu de la vie politique française au moment même où Emmanuel Macron au contraire en avait fait l’une de ses priorités. »
Emmanuel Macron (propos rapportés par Régis Le Sommier)
Le constat est d’autant plus frappant que cette séquence initiale avait été perçue par les Libanais comme le signe d’un retour de la France. Or, selon Régis Le Sommier, aucune initiative de fond n’a suivi.
Des absences symboliques qui en disent long
L’analyste s’appuie sur son expérience de terrain. Il s’est rendu au Liban à deux reprises cette année, la seconde fois en avril. À cette période, Israël menait sa campagne au sud du Liban, rasant plusieurs villages et tentant de faire reculer le Hezbollah. Or, constate-t-il, les futurs candidats à la présidentielle française, Bruno Retailleau, Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann, se sont tous rendus à Kiev, et personne à Beyrouth.
« Les Libanais avec lesquels je parlais, que je voyais tous les jours, avaient une attente incroyable de la France, qui les avait purement et simplement oubliés. »
Raphaël Glucksmann (propos rapportés par Régis Le Sommier)
À l’exception de François-Xavier Bellamy, dont Régis Le Sommier précise qu’il n’est pas un proche de Macron, aucune figure de la sphère politique macronienne n’a jugé utile de se déplacer. Un effacement d’autant plus significatif que le Liban, rappelle-t-il, correspondait à « une des cartes que nous avions au Moyen-Orient ».
Un déclin plus large de la diplomatie française
Cet abandon du Liban s’inscrit, selon Régis Le Sommier, dans un recul plus général de la France sur la scène internationale. Les déconvenues successives en Afrique, la perte d’influence diplomatique, l’absence de conséquences concrètes des discours présidentiels : l’analyste note que la parole française n’a plus l’impact qu’elle pouvait avoir.
Il distingue dans le monde actuel deux catégories : les acteurs et les spectateurs. Pour lui, des chefs d’État comme Vladimir Poutine, Narendra Modi ou Xi Jinping peuvent être rangés dans la première catégorie, leurs décisions ayant des conséquences immédiates. Emmanuel Macron, en revanche, relève de la seconde : ses prises de parole n’ont guère d’effet.
Cette perte d’influence ne serait pas seulement subie. Elle tiendrait aussi à la manière dont Emmanuel Macron aborde les relations internationales : en fonction de sa personne, davantage que des intérêts de la France. Régis Le Sommier pointe une logique de « privatisation de l’événement », où le président ne s’investit pleinement que lorsqu’il peut en tirer un bénéfice personnel.
Ce qu’il faut retenir
La relation France-Liban incarne, selon Régis Le Sommier, les contradictions de la diplomatie macronienne : une communication intense, une présence de terrain déclinante et une attention qui se déplace au gré des intérêts personnels du président. Le Liban, jadis perçu comme un prolongement naturel de la France au Moyen-Orient, est aujourd’hui un symbole de cet effacement. La question reste de savoir si le prochain exécutif restaurera cette relation historique ou poursuivra cette logique de délaissement.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
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