Derrière l’image d’un hexagone continental, la France recouvre en réalité un espace qui s’étend sur tous les océans de la planète. Près de 11 millions de kilomètres carrés de zones économiques exclusives placent le pays au deuxième rang mondial derrière les États-Unis. Une réalité géopolitique majeure dont peu de Français mesurent la portée réelle et le contenu concret.

Que représentent ces 11 millions de kilomètres carrés ?

Le domaine maritime français se déploie principalement à travers ses territoires d’outre-mer, qui concentrent 97 % de cet espace. Concrètement, il comprend :

  • La Polynésie française : 47 % de la zone économique exclusive française, soit la plus vaste composante de ce domaine
  • La Nouvelle-Calédonie : 13 % supplémentaires, avec un sous-sol riche en nickel
  • Les îles Éparses dans le canal du Mozambique, dont les fonds recèlent des hydrocarbures et des nodules polymétalliques
  • Clipperton, un îlot isolé du Pacifique oriental dont la zone maritime est contestée par le Mexique
  • Saint-Pierre-et-Miquelon, les Antilles, la Guyane, les îles Kerguelen et la Terre Adélie

Chacun de ces territoires, même le plus modeste, génère une zone économique exclusive de 200 milles nautiques qui confère à la France des droits exclusifs d’exploitation des ressources halieutiques et des fonds sous-marins.

Le traité de Montégo Bay, socle juridique de cette étendue

L’invité rappelle que c’est le traité de Montégo Bay de 1982 qui a consacré la règle des zones économiques exclusives. Ce cadre international, auquel les États-Unis n’ont d’ailleurs pas adhéré, a transformé la valeur stratégique des territoires insulaires, même minuscules :

« La moindre île a sa zone d’expansion exclusive. C’est pour ça que c’est important d’avoir même un petit caillou, parce que du coup la zone est énorme. »

Vidéo d’OMERTA

L’invité cite l’exemple de Clipperton, un simple rocher au large du Mexique, qui confère à la France une zone maritime convoitée et régulièrement pillée par des pêcheurs étrangers. Une situation qui illustre la tension entre l’étendue théorique du domaine et les moyens réels de le contrôler.

Des richesses sous-exploitées et convoitées

Le sous-sol de ces zones maritimes recèle des ressources considérables. L’invité mentionne les nodules polymétalliques présents dans l’océan Indien, les hydrocarbures au large de la Guyane, le nickel calédonien et les ressources halieutiques comme la légine dans les eaux australes. Or, l’exploitation de ces gisements reste largement théorique, freinée par des considérations écologiques et des hésitations politiques.

L’invité souligne le paradoxe : pendant que la France s’interdit d’exploiter ses ressources, d’autres puissances les pillent. La pêche illégale à la légine dans les Kerguelen est menée par des flottes organisées qui surveillent les mouvements des navires de contrôle. Les pêcheurs espagnols et mexicains viennent prélever dans les eaux de Clipperton sans autorisation.

Une construction historique en deux temps

L’invité retrace la constitution de ce domaine en deux étapes. Le premier empire maritime français, construit sous Cardinal de Richelieu et Colbert, s’est évaporé avec le traité de Paris de 1763. Le second, qui constitue le domaine actuel, s’est bâti au XIXe siècle grâce à des innovations françaises majeures : le bateau à moteur en 1850, l’obus explosif, la standardisation des chantiers navals qui permettait l’interchangeabilité des pièces entre navires.

Cette histoire porte une leçon politique constante :

« Il n’y a pas de grand domaine maritime qui tienne sans une marine de guerre solide. »

Vidéo d’OMERTA

Or, selon l’invité, la marine française actuelle a subi les « dividendes de la paix » et manque de moyens pour surveiller l’intégralité de ces espaces. Des patrouilleurs isolés en Nouvelle-Calédonie ou en Polynésie ne suffisent pas face aux marines chinoises ou américaines présentes dans la région.

Ce qu’il faut retenir

Le domaine maritime français n’est pas un héritage symbolique : c’est un espace de ressources, d’influence et de responsabilités qui couvre près de 11 millions de kilomètres carrés. Sa pérennité dépend d’une volonté politique claire pour l’exploiter, le surveiller et le défendre, une prise de conscience qui fait aujourd’hui défaut.

Vidéo « La France maritime dans les enjeux géopolitiques mondiaux » de OMERTA

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