Les commémorations du 10 mai 1981 ont installé une légende dorée : celle du premier président socialiste de la Ve République, artisan de l’union de la gauche et figure tutélaire d’une génération. Pourtant, un pan entier de cette trajectoire reste obstinément absent du récit officiel. Michel Onfray, dans un entretien publié le 21 mai 2026 sur la chaîne Front Populaire, revient sur le passé vichyste de François Mitterrand, ses décorations sous l’Occupation et des propos antisémites tenus jusqu’à la fin de sa vie. Ce que les hommages télévisés ont soigneusement contourné mérite un examen précis.

Que disent les archives sur le passé vichyste de François Mitterrand ?

Selon Michel Onfray, plusieurs éléments factuels documentent l’engagement de François Mitterrand dans la France de Vichy :

  • La francisque : François Mitterrand a reçu cette décoration, attribuée par le régime de Pétain à ceux qui manifestaient un attachement à ses valeurs.
  • L’éloge de la milice : le jeune Mitterrand aurait exprimé publiquement son admiration pour la milice de Joseph Darnand, bras armé de la collaboration.
  • Le maréchalisme assumé : il s’est inscrit dans la mouvance pétainiste avant de rejoindre la Résistance, une reconversion qui n’efface pas les engagements antérieurs.
  • Des propos antisémites : selon Onfray, lors de son dernier déjeuner à l’Élysée comme chef de l’État, en compagnie de Jean-Édern Hallier, Mitterrand aurait tenu des propos antisémites. Aucune condamnation publique n’a suivi.

Pour Onfray, cette séquence historique est écrasante :

« On a quelqu’un qui a fait l’éloge de la milice, qui a eu la francisque, qui a été maréchaliste, qui a été vichyste, qui tenait des propos antisémites lors de son dernier déjeuner à l’Élysée en tant que chef de l’État, et ça ne pose aucun problème. »

Michel Onfray (Front Populaire)

Une mémoire officielle construite sur l’omission

Ce qui frappe Onfray n’est pas seulement le passé de Mitterrand, mais la manière dont la gauche française et les institutions médiatiques l’ont traité. Lors des émissions commémoratives célébrant le 10 mai 1981, tout un appareil éditorial s’est mobilisé pour célébrer « ce grand homme, cette grande figure, ce monarque fantastique, ce personnage de roman ». Le ton est à l’hagiographie, jamais à l’examen critique.

Cette occultation s’inscrit selon lui dans une dynamique plus large. La gauche institutionnelle aurait progressivement abandonné toute vigilance sur la question de l’antisémitisme lorsqu’il s’agit d’un des siens. Le problème ne réside pas seulement dans le cas Mitterrand, mais dans une culture politique qui accepte de détourner le regard dès lors que les faits concernent une figure tutélaire du camp progressiste.

Onfray établit un parallèle avec l’antisémitisme contemporain, qu’il situe désormais du côté de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise, évoquant notamment un colloque tenu au Collège de France où « les juifs sont présentés comme des futuricides ». Pour lui, la gauche a « réussi à taire son antisémitisme », alors que celui-ci, affirme-t-il, « couve depuis très longtemps, depuis très très longtemps ».

Une constance revendiquée face aux accusations d’inconstance

Michel Onfray profite de ce retour historique pour répondre aux critiques qui l’accusent d’avoir glissé de la gauche vers l’extrême droite. Son argument central : la dénonciation du vichysme de Mitterrand n’est pas une posture récente, mais s’inscrit dans une opposition constante à tous les chefs d’État porteurs de ce qu’il appelle « l’idéologie maastrichtienne ».

Il rappelle avoir cessé de soutenir Mitterrand dès mars 1983, au moment du tournant de la rigueur, et affirme que l’on ne trouvera sous sa plume « pas un éloge de Mitterrand, pas un de Chirac, pas un de Sarkozy, pas un de Hollande et pas un de Macron ». Sa critique du vichysme mitterrandien s’articule ainsi à une position politique plus large : le refus des institutions qui trahissent le peuple au nom d’orientations converties au libéralisme économique.

Cette cohérence revendiquée s’appuie sur des textes publiés bien avant l’émergence des polémiques actuelles. Onfray cite notamment un long réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen publié dans Front Populaire, dont il précise qu’il atteignait 80 000 signes, preuve selon lui que son opposition à l’antisémitisme ne dépend pas de l’étiquette politique de ceux qui le portent.

Ce qu’il faut retenir

Le passé vichyste de François Mitterrand, sa francisque, son éloge de la milice et les propos antisémites qui lui sont attribués restent largement absents des commémorations officielles. Pour Michel Onfray, cette omission révèle une défaillance persistante de la gauche française face à l’antisémitisme lorsqu’il émane de ses propres rangs. Réexaminer cette histoire sans anachronisme ni complaisance devient alors une condition pour comprendre les recompositions politiques actuelles.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Michel Onfray commente la situation politique de Macron » de Front Populaire

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