La campagne présidentielle de 2027 approche et, fait rarissime dans l’histoire de la Ve République, le bloc central pourrait présenter non pas un, mais quatre candidats. Gabriel Attal, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Élisabeth Borne se disputent déjà l’héritage du macronisme, dans une ambiance que certains observateurs comparent à une guerre de succession particulièrement brutale. Avec une question lancinante : cette division fratricide ne risque-t-elle pas d’offrir la victoire au Rassemblement national par défaut ?

Pourquoi le bloc central aura-t-il quatre candidats à la présidentielle de 2027 ?

Pour l’invité du Cercle Aristote, la multiplication des candidatures dans le camp présidentiel répond à une logique implacable : la survie du système macronien après Emmanuel Macron. Le bloc central n’est plus unifié autour d’un projet mais fracturé en quatre ambitions personnelles, chacune portée par des réseaux distincts. Édouard Philippe représente les espoirs des juppéistes et de l’énarchie traditionnelle, Gabriel Attal s’appuie sur une force médiatique et financière (notamment via Vincent Bolloré, surnommé « Gaby du papers coquinou » dans l’entretien), Raphaël Glucksmann incarne le centre-gauche atlantiste, tandis qu’Élisabeth Borne cherche à exister dans ce jeu d’ombres. Le résultat est une course aux parrainages où chaque postulant refuse de céder sa place, convaincu par ses courtisans qu’il est « déjà élu ».

Édouard Philippe face aux couteaux : l’enquête qui tombe à point nommé

L’actualité judiciaire vient bousculer cette équation déjà complexe. L’Agence France-Presse a révélé cette semaine qu’Édouard Philippe est visé par une enquête pour soupçon de détournement de fonds publics, suite au signalement d’une lanceuse d’alerte. Pour l’invité, l’origine de cette offensive ne fait guère de doute :

« Est-ce que les barbouseries commencent ? Bien évidemment ça, ça sent le cadeau d’Emmanuel ça. Salut. Salut Édouard, bisous. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

L’analyse est sans appel : Emmanuel Macron, qui refuse de s’effacer et se voit toujours comme un acteur central, utiliserait ces révélations pour affaiblir son ancien Premier ministre. L’objectif serait double : empêcher Philippe de mener campagne sereinement et, potentiellement, le contraindre à rester maire du Havre plutôt que de briguer l’Élysée.

Le jeu trouble de Gabriel Attal et des 500 élus

Pendant ce temps, Gabriel Attal avance ses pions. Une tribune signée par 500 élus appelle à son ralliement, un chiffre qui correspond très exactement au nombre de parrainages nécessaires pour se présenter à la présidentielle. L’invité y voit une opération autorisée, voire orchestrée par l’Élysée, visant à faire monter les enchères.

Mais quel est le calcul d’Attal ? L’hypothèse développée dans l’entretien est double : soit le jeune ancien Premier ministre croit sincèrement pouvoir l’emporter face à Marine Le Pen ou Jordan Bardella au second tour, soit il parie sur une défaite du Rassemblement national qu’il juge inéluctable à terme. Dans cette seconde hypothèse, il s’agirait d’attendre que le « Front » s’effondre mécaniquement, à la manière de ce que certains intellectuels de gauche appellent déjà une « melonisation » de la vie politique. Attal deviendrait alors le recours naturel d’une alternance programmée.

Glucksmann, le cheval fougueux devenu borgne

Face à ces deux poids lourds, Raphaël Glucksmann joue une partition délicate. L’invité le décrit comme un « cheval fougueux » dont la dynamique s’essouffle, mais qui refuse obstinément de se retirer. Sa légitimité repose sur un positionnement centriste et atlantiste, dans la lignée du macronisme originel. Pourtant, la multiplication des candidatures dans son espace politique rend mathématiquement impossible une qualification au second tour si aucun retrait n’intervient.

Le problème est structurel : pourquoi Glucksmann céderait-il sa place alors qu’Édouard Philippe « c’est quand même la droite » et que lui-même représente « le centre et le flotteur gauche » ? La question est posée, et personne ne semble disposé à baisser les yeux le premier.

Le seul gagnant possible : Emmanuel Macron

Pour l’invité, cette guerre des chefs a un bénéficiaire caché : Emmanuel Macron lui-même. Car si le bloc central ne parvient pas à franchir la barre du premier tour, le Président en exercice pourrait apparaître comme le seul recours capable de rassembler face à Bardella. « Il y a qu’un seul homme qui gagne, c’est Emmanuel Macron parce qu’il aura eu Bardella l’Élysée, le front ratiboisé et lui de retour », analyse l’invité.

Cette perspective, aussi cynique soit-elle, éclaire d’un jour nouveau les « barbouseries » visant Édouard Philippe et la tribune des 500 élus soutenant Attal. Le macronisme, à défaut de survivre à travers un dauphin désigné, pourrait renaître de ses cendres par défaut. L’invité résume cette situation avec une formule empruntée à Charles Gave : les élites françaises ont « une mémoire de cheval, aucun caractère ». Incapables de s’unir, elles pourraient bien reproduire le scénario de 2022, mais cette fois avec le risque d’une élimination dès le premier tour.

Le calendrier qui s’annonce est long, très long : douze mois de campagne où chaque prétendant tentera d’exister sans totalement briser l’adversaire, sous l’œil attentif d’Alexis Kohler, grand ordonnateur des équilibres macronistes. La seule certitude, conclut l’invité, c’est que « le système n’a pas besoin de 13 % pour gagner une élection. C’est avec ça qu’ils ont gagné par deux fois. »

Ce qu’il faut retenir

La bataille pour la succession d’Emmanuel Macron est d’abord une guerre de cour où les ambitions personnelles prennent le pas sur toute logique de rassemblement. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann et Élisabeth Borne incarnent quatre nuances d’un même bloc central qui risque l’élimination collective. Dans ce jeu d’échecs où chacun croit être le futur président, le seul véritable stratège pourrait bien être celui qui feint d’être déjà mort politiquement : Emmanuel Macron lui-même.

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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