En 2011, le forage Zaedus au large de la Guyane révélait la présence d’un système pétrolier exploitable. Treize ans plus tard, ce gisement reste intouchable : la loi française interdit toute prospection d’hydrocarbures sur le sol national et dans les eaux sous juridiction française. Pendant ce temps, le Brésil voisin a relancé ses exploitations offshore à grande échelle.

Pourquoi la France ne peut-elle pas explorer le pétrole offshore en Guyane ?

Le blocage repose sur un enchaînement juridique et politique précis :

  • Un forage prometteur en 2011 : le puits Zaedus a mis en évidence un système pétrolier au large de la Guyane, avec un potentiel estimé entre 250 et 700 millions de barils.
  • Une loi d’interdiction totale : la loi dite "Hulot" interdit depuis 2017 toute recherche, prospection, exploitation et commercialisation d’énergies fossiles sur le territoire français.
  • Une impossibilité de vérifier : sans campagne exploratoire complémentaire, impossible de confirmer si le gisement est commercialement viable dans la durée.
  • Un paradoxe brésilien : de l’autre côté de la frontière maritime, le président brésilien Lula a fait voter une loi autorisant à nouveau l’exploitation offshore, après des années d’interdiction.

Un gisement identifié, mais jamais confirmé

Le forage Zaedus, mené en 2011, avait suscité un réel espoir dans la filière. Les estimations historiques évoquent entre 250 et 700 millions de barils, mais Fabien Bouglé, spécialiste de politique énergétique et directeur de la publication de Transition énergie, appelle à la prudence sur ces chiffres :

« Ce ne sont ni des réserves certifiées, ni la preuve d’un projet commercial viable, ni la garantie d’une production future. »

Fabien Bouglé (Tocsin)

Le deuxième forage exploratoire mené dans la zone avait d’ailleurs donné des résultats décevants. Pour Fabien Bouglé, cette contre-performance ne doit pas conduire à abandonner toute perspective : si une seule compagnie pétrolière mène l’exploration, elle joue ses propres intérêts et peut préférer concentrer ses moyens sur des gisements plus rentables ailleurs, au Brésil ou au Venezuela. Une autre compagnie, sans exploitation concurrente dans la région, pourrait juger le projet guyanais autrement.

Faute de cadre légal permettant de lancer de nouvelles campagnes exploratoires, la question reste théorique.

Le contraste avec les pays voisins

Le contraste avec les pays limitrophes est marquant. Le Brésil, qui partage avec la Guyane un bassin sédimentaire réputé riche, a changé de doctrine. Après avoir longtemps fermé la porte à l’exploitation offshore, le président Lula a fait adopter une loi autorisant à nouveau l’exploration et l’exploitation des gisements au large. Les gisements y sont considérés comme une ressource stratégique pour l’économie et la population.

Pour Alain Juillet, ancien directeur du renseignement au sein de la DGSE et spécialiste de l’intelligence économique, la Guyane illustre un choix politique français :

« La Guyane, c’est un département très pauvre qui n’a vécu ces dernières années que grâce à la plateforme de lancement de Kourou. Si on exploite le pétrole et le gaz qu’il y a au large, ça donnerait à la population guyanaise des ressources incroyables, comme cela s’est vu en Écosse avec Aberdeen ou en Norvège. »

Alain Juillet (propos rapportés par Fabien Bouglé)

Ce parallèle avec les expériences écossaise et norvégienne revient comme un argument récurrent : l’exploitation offshore, lorsqu’elle est encadrée et fiscalisée, peut transformer l’économie d’un territoire.

Que faudrait-il pour débloquer la situation ?

Le premier levier identifié par les intervenants est juridique : supprimer la loi qui interdit toute prospection d’hydrocarbures. Sans abrogation de cette loi, aucune campagne d’exploration ne peut être lancée, même dans les zones où la présence de pétrole est déjà documentée.

Le second levier est politique : faire de l’énergie une priorité de souveraineté nationale. La France importe 44 % de son énergie, essentiellement du pétrole et du gaz. Les tensions récentes sur les routes maritimes et les capacités de raffinage montrent la vulnérabilité d’une dépendance prolongée. Une production offshore guyanaise, même partielle, contribuerait à diversifier les sources d’approvisionnement du pays.

Ce qu’il faut retenir

Le potentiel pétrolier de la Guyane est réel mais reste largement hypothétique : la loi interdit d’aller vérifier ce que les premiers forages avaient entrevu. Pendant que la France s’interdit d’explorer, le Brésil voisin a changé de cap et exploite la même zone géologique. La question n’est pas seulement technique ou économique, elle est d’abord politique.

Vidéo « Politique énergétique française et exploitation des ressources » de Tocsin

Pour aller plus loin

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