La réduction du temps de travail à 35 heures, décidée sous le gouvernement de Lionel Jospin à la fin des années 1990, reste l’une des réformes les plus contestées de la période. Dans le secteur hospitalier, ses effets se font encore sentir aujourd’hui, entre pénurie de soignants, bureaucratisation croissante et dégradation continue de la qualité des soins.

Quelles sont les conséquences des 35 heures sur le système de santé français ?

L’application des 35 heures à l’hôpital public a produit quatre effets majeurs, selon Lionel Jospin, qui en propose une relecture critique dans un entretien récent :

  • Réduction du temps de travail des soignants sans compensation en effectifs suffisants
  • Hausse continue du personnel administratif dans les centres hospitaliers universitaires
  • Baisse de la qualité des soins liée à la désorganisation des services
  • Augmentation du coût de la santé pour un service dégradé

Un accord tacite entre patronat et gauche syndicale

Lionel Jospin, qui fut Premier ministre de 1997 à 2002, décrit les 35 heures comme une forme de compromis dont les bénéficiaires n’étaient pas forcément ceux qu’on croit. D’un côté, le patronat y voyait un moyen de limiter les hausses de salaires, notamment pour les cadres. Plutôt que d’augmenter les rémunérations, on offrait des jours de congés supplémentaires.

On n’a pas augmenté les cadres, mais on leur a offert des congés payés. C’est la fameuse civilisation des RTT qui commence et qui va véritablement plomber la compétitivité de l’industrie française.

Lionel Jospin (Tocsin+)

De l’autre côté, une partie de la gauche syndicale obtenait dans la fonction publique ce qu’elle ne pouvait pas obtenir en matière de pouvoir d’achat : la réduction du temps de travail. L’hôpital a été particulièrement touché par cette logique, avec des conséquences que le système de santé français subit encore.

L’hôpital, victime d’une équation impossible

L’application des 35 heures dans le secteur hospitalier s’est heurtée à une réalité simple : un hôpital ne peut pas réduire son activité. Les soins ne s’arrêtent pas, les urgences ne ferment pas, les patients continuent d’affluer. Réduire le temps de travail des soignants sans embaucher massivement revenait donc à désorganiser les services.

Or, les embauches n’ont pas suivi. Le résultat, c’est un double mouvement délétère : moins de soignants disponibles au chevet des patients, et davantage de personnel administratif pour gérer la complexité croissante des plannings et des organisations. Lionel Jospin résume ce glissement avec une formule sans ambiguïté :

De moins en moins de soignants, de moins en moins bien payés et de plus en plus de personnel administratif dans les CHU.

Lionel Jospin (Tocsin+)

Ce constat rejoint celui de nombreux professionnels de santé qui décrivent depuis des années une bureaucratisation accélérée de l’hôpital public, au détriment du cœur de métier : le soin.

Une réforme qui s’inscrit dans un tournant plus large

Pour Lionel Jospin, les 35 heures ne sont pas un accident isolé. Elles participent d’un mouvement plus vaste de déconstruction des services publics engagé, paradoxalement, par un gouvernement de gauche. Dans son analyse, le gouvernement de l’époque a combiné une politique néolibérale assumée, avec des privatisations allant plus loin que celles menées par la droite, et des mesures sociales dont les effets réels ont été délétères.

L’hôpital public a été pris dans cette contradiction : on lui imposait une réduction du temps de travail sans lui donner les moyens de l’absorber, tout en ouvrant par ailleurs la voie à une logique de rationalisation comptable. Les tensions actuelles sur les effectifs, la fermeture de lits, les difficultés de recrutement et la souffrance au travail des soignants trouvent là une partie de leurs racines.

Ce qu’il faut retenir

Les 35 heures à l’hôpital illustrent une réforme pensée pour satisfaire des intérêts immédiats sans anticiper ses conséquences structurelles. Vingt-cinq ans plus tard, le système de santé français paye encore le prix de cette décision : des soignants épuisés, une administration pléthorique et des patients qui subissent la dégradation continue du service public hospitalier. Une leçon qui mérite d’être méditée avant toute nouvelle réforme du temps de travail dans les services essentiels.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Lionel Jospin, l’OCI et le Parti socialiste » de Tocsin+

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