Alors que la France débat de sa dépendance aux hydrocarbures importés et des coûts faramineux de l’hydrogène vert, une ressource dort sous nos pieds. L’hydrogène blanc, formé naturellement dans les profondeurs du sous-sol, pourrait offrir au pays une voie énergétique à la fois souveraine et économique. C’est ce qu’a expliqué Fabien Bouglé, spécialiste de politique énergétique et directeur de la publication de la revue Transitions Énergie, lors d’un entretien approfondi sur la question.

Qu’est-ce que l’hydrogène blanc et pourquoi le sous-sol français est-il concerné ?

L’hydrogène blanc, contrairement à l’hydrogène vert produit par électrolyse à partir d’électricité décarbonée, se constitue naturellement dans des « usines à hydrogène » souterraines. Selon Fabien Bouglé, la France dispose d’un gisement particulièrement prometteur en Alsace-Lorraine, une région où des acteurs industriels travaillent déjà sur cette ressource.

Les éléments clés à retenir :

  • Un coût de production quatre à cinq fois inférieur à celui de l’hydrogène vert
  • Un gisement localisé notamment en Alsace-Lorraine, zone historiquement industrielle
  • Des usages variés : chimie, industrie, et mobilité (voitures, cars, bus à hydrogène)
  • Une consommation de proximité : l’hydrogène se conserve difficilement (il fuit), ce qui impose de l’utiliser là où il jaillit

Cette contrainte de conservation, loin d’être un handicap, pourrait devenir un levier de réindustrialisation : « On mettra les usines là où l’hydrogène sort », a insisté Fabien Bouglé.

Une ressource connue, mais longtemps délaissée

L’histoire administrative de l’hydrogène blanc en France illustre les lenteurs qui paralysent la politique énergétique nationale. Fabien Bouglé raconte avoir transmis à un député chargé de la réindustrialisation un article évoquant les difficultés administratives rencontrées par les acteurs de l’hydrogène blanc en Alsace-Lorraine. Sa réponse fut sans appel : « C’est ton boulot, occupe-toi de ça. » Un mois plus tard, Emmanuel Macron annonçait un plan hydrogène.

« Il était temps. Mais c’est hallucinant. C’est-à-dire que aujourd’hui, là c’est bien, il y a une véritable politique d’hydrogène blanc, mais bientôt les écologistes vont nous dire : "Mais l’hydrogène blanc c’est très mauvais pour la planète." »

Emmanuel Macron (propos rapportés par Fabien Bouglé)

Cette crainte d’un retournement de discours repose sur un constat plus large dressé par l’invité : selon lui, tout ce qui peut rendre la France autonome énergétiquement finit par être combattu. Il l’affirme sans détour : « Si la France est autonome énergétiquement, notamment avec ses réacteurs à neutrons rapides, elle va offrir à l’Europe ses électrons de la liberté, et ni les États-Unis ni la Russie ne pourront vassaliser politiquement l’Europe. »

Hydrogène blanc contre hydrogène vert : un choix économique et stratégique

L’hydrogène vert souffre d’un défaut structurel : il dépend d’une électricité intermittente, produite par des éoliennes et des panneaux solaires eux-mêmes subventionnés. Fabien Bouglé souligne que cette filière, soutenue à coups de subsides, reste très peu rentable.

L’hydrogène blanc, lui, ne nécessite aucune transformation préalable. Il suffit de le capter là où la nature le produit. La différence de coût, de l’ordre de quatre à cinq fois, n’est pas un détail : elle détermine la viabilité industrielle du projet.

Et la course mondiale a déjà commencé. L’invité rappelle que le président chinois Xi Jinping a donné instruction à ses fabricants automobiles de pouvoir proposer des véhicules à hydrogène d’ici 2035. Pendant ce temps, la France abandonne progressivement ses moteurs thermiques… dont certains pourraient pourtant être convertis à l’hydrogène sans difficulté majeure : « C’est exactement comme une voiture normale, simplement vous changez le carburateur et puis le réservoir de stockage. »

Une opportunité pour l’industrie française

Le sous-sol alsacien-lorrain pourrait ainsi devenir un pôle industriel stratégique. Plutôt que de transporter un gaz difficile à stocker, la logique impose de rapprocher les sites de production des lieux d’extraction. Cette contrainte technique devient un argument de réindustrialisation locale, dans des territoires qui ont payé un lourd tribut à la désindustrialisation.

Pour Fabien Bouglé, le problème n’est donc pas l’absence de ressources, mais l’absence de volonté politique à les exploiter. La loi Hulot, qui interdit en France la prospection et l’exploitation des énergies fossiles, symbolise à ses yeux un renoncement plus large : celui d’un pays qui s’interdit d’utiliser ce que son sol lui offre.

Ce qu’il faut retenir

L’hydrogène blanc incarne une alternative concrète, économique et souveraine face à l’impasse des énergies intermittentes subventionnées. Reste à savoir si les pouvoirs publics sauront saisir cette opportunité avant que d’autres nations, plus réactives, ne prennent une longueur d’avance définitive. La France possède les ressources, les compétences et les territoires. Ce qui lui manque, c’est une politique énergétique cohérente sur le temps long.

Vidéo « Politique énergétique française et exploitation des ressources » de Tocsin

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