Dans une France où l’abstention ne cesse de progresser, la commune reste pourtant le dernier échelon auquel les citoyens attachent une véritable proximité. Mais que pèse encore un maire face aux structures intercommunales qui se sont multipliées depuis vingt ans ? Juan Branco, avocat et fondateur du mouvement politique Les Ruches, décrit une mécanique institutionnelle qui a méthodiquement vidé la mairie de son pouvoir tout en rendant le vote municipal illisible.

Pourquoi les intercommunalités ont-elles vidé les mairies de leurs compétences ?

L’empilement des structures locales (intercommunalités, communautés de communes, syndicats mixtes) a dilué le pouvoir de décision loin des élus de proximité. Un maire de village peut être élu pour ses qualités personnelles mais se retrouver minoritaire dans une intercommunalité dominée par de grandes communes, où quasiment toutes les compétences municipales ont été mutualisées. Résultat : l’élu ne décide plus de rien et le citoyen ne sait plus qui fait quoi.

Un mille-feuille territorial devenue illisible

L’analyse de Juan Branco est sans détour. « On arrête pas de multiplier des élections départementales, régionales, municipales, législatives, sénatoriales, européennes. Et personne ne sait à quoi correspondent ces élections. » Le constat est d’autant plus sévère que cette stratification ne s’arrête pas aux scrutins : à ces échelons institutionnels s’ajoutent les intercommunalités, les communautés de communes et les syndicats mixtes, créant un labyrinthe administratif où la responsabilité politique se dissout.

« On se retrouve dans une situation où tout est dilué dans des grands ensembles. Vous habitez dans un petit village, vous votez pour le candidat à la mairie parce qu’il vous semble sympathique, et en fait il va se retrouver minoritaire dans une intercommunalité où il va pouvoir décider de rien. »

Juan Branco (Front Populaire)

Le mécanisme est simple : l’essentiel des compétences autrefois municipales a été transféré au pot commun intercommunal, où les grandes communes pèsent de tout leur poids démographique. L’élu de proximité, celui que l’on croise au marché ou à la sortie de l’école, devient un figurant dans une assemblée où les rapports de force lui échappent.

Une désaffection démocratique aux racines locales

Pour Juan Branco, cette architecture institutionnelle est directement responsable de la désaffection citoyenne. L’électeur ne comprend plus qui fait quoi, et surtout ne perçoit plus l’utilité de son vote. La commune, ce cœur politique de la nation, a perdu sa substance sans que personne n’ait formellement aboli ses prérogatives.

Le candidat à la présidentielle plaide pour une « immense simplification » du paysage territorial. Sa proposition repose sur un double mouvement : supprimer les régions et les structures intercommunales par le bas, sortir de l’Union européenne par le haut. Entre ces deux pôles, ne subsisteraient que le département et la commune, avec des compétences clarifiées. L’objectif est explicite : que le citoyen sache enfin ce que fait son maire et puisse le sanctionner ou le révoquer en connaissance de cause.

« Le politique, c’est s’assurer que les poubelles soient ramassées. C’est un instrument pour nous permettre de vivre, de créer et de nous lier. »

Juan Branco (Front Populaire)

Cette vision prosaïque du politique contraste avec la complexité institutionnelle actuelle. Le maire n’a plus la main sur les services du quotidien parce que ceux-ci ont été absorbés par des structures où la décision se négocie loin des administrés, dans des commissions techniques et des arbitrages auxquels la population n’a aucun accès.

Retrouver la maîtrise du local

Le diagnostic posé par Juan Branco rejoint une préoccupation plus large : celle de la reconquête démocratique par le bas. Si le citoyen ne maîtrise plus ce qui se joue à l’échelle de sa rue ou de son quartier, comment pourrait-il se sentir concerné par les grands débats nationaux ? La réponse passe, selon lui, par une refonte radicale de l’architecture territoriale, où la commune retrouverait ses compétences et où l’élu local redeviendrait le premier interlocuteur de la population.

Cette proposition s’inscrit dans une réflexion plus vaste sur le référendum d’initiative citoyenne et les mécanismes de révocation des élus. Mais elle repose d’abord sur un préalable : que l’électeur sache pour quoi il vote lorsqu’il se rend aux urnes municipales, et que le maire qu’il choisit ait effectivement le pouvoir d’agir.

Ce qu’il faut retenir

Les intercommunalités, en concentrant les compétences municipales dans des structures éloignées des citoyens, ont contribué à vider le vote local de son sens. La clarification des responsabilités entre échelons territoriaux n’est pas un simple enjeu de bonne gestion : c’est une condition de la revitalisation démocratique. Sans elle, le maire restera ce visage familier qui n’a plus les moyens d’agir sur le quotidien de ses administrés.


Le Souv, pour une France qui s’appartient.

*D’après un entretien de Juan Branco sur Front Populaire

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