Élu député radical des Vosges aux législatives de 1951, Jacques Ducreux meurt dans un accident de voiture en janvier 1952. Dans sa serviette, on découvre un jeu complet de faux papiers : fausses cartes d’identité, faux passeports. L’enquête révèle alors que ce parlementaire, qui avait fait campagne sur le thème de la probité, était en réalité un ancien agent de l’agence Interfrance, structure directement payée par les Allemands et liée à Berlin, qui dénonçait résistants et juifs pendant l’Occupation.
Sentant le vent tourner, il avait rallié Alger, s’était engagé dans l’armée de la Libération sous le nom de sa mère, Ducroux, et avait pris vingt kilos pour ne pas être reconnu. Selon Éric Branca, auteur de « La République des imposteurs. 1944-1954 », Jacques Ducreux est le seul des 15 000 parlementaires recensés depuis 1789 à avoir été élu sous une fausse identité. Son cas illustre les failles béantes du contrôle des identités à la Libération, quand les destructions d’état civil, notamment sous les bombardements alliés, et la circulation de vrais faux papiers issus de la Résistance ont ouvert une brèche dans laquelle d’anciens collaborateurs se sont engouffrés. La porosité des partis républicains face à ces profils, ici le Parti radical, complète ce tableau d’une IVe République marquée par les impostures.
Vidéo « Conférence sur la République française 1944-1954 » de Fondation Charles de Gaulle
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