La construction européenne est souvent présentée comme un projet de réconciliation et de dépassement des égoïsmes nationaux. Mais pour certains de ses architectes français, la motivation était plus trouble : non pas dépasser la nation, mais régler des comptes avec elle. C’est le cas de Jean Monnet, dont l’antagonisme profond envers la France a été documenté et, selon Pierre le Vigan, n’a jamais vraiment été caché par l’intéressé lui-même.

Jean Monnet était-il vraiment antifrançais ? Que s’est-il passé avec la fondation Monnet et le livre d’Éric Branca ?

La question mérite d’être posée frontalement. Pierre le Vigan, invité du Cercle Aristote, apporte plusieurs éléments de réponse :

  • Jean Monnet, selon l’analyse développée par l’historien Éric Branca, nourrissait un ressentiment antifrançais profond, qu’il n’a jamais cherché à dissimuler
  • La fondation Monnet a tenté de faire interdire le livre d’Éric Branca (De Gaulle-Monnet, le duel du siècle) avant de reculer face au dossier rassemblé par l’auteur
  • Monnet assumait parfaitement d’être qualifié de mondialiste, comme il le confiait sans détour à ses interlocuteurs

« Jean Monnet n’a jamais caché le profond ressentiment antifrançais qui l’a accompagné toute sa vie. »

Pierre le Vigan (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Un procès avorté qui en dit long

L’épisode mérite d’être conté. Éric Branca, dans son ouvrage De Gaulle-Monnet, le duel du siècle, soutient une thèse forte : l’affrontement entre les deux hommes n’était pas seulement politique, il était existentiel. Le Général incarnait une certaine idée de la France, Monnet une certaine idée contre la France. La fondation Jean Monnet, sentant le danger, a réagi avec virulence.

Pierre le Vigan rappelle que la fondation a « attaqué en justice » Éric Branca « face au dossier qu’il avait sorti ». Mais la contre-attaque s’est heurtée à la solidité de l’enquête historique. Résultat : la fondation a reculé. Un procès aurait exposé trop de choses.

Ce n’était pas la première fois que les convictions de Monnet transparaissaient. L’homme comparait son engagement à celui des grands industriels américains, citant volontiers Rockefeller : « Est-ce que ça me vexe qu’on me dise que je suis mondialiste ? Bien sûr que non. » Une franchise qui, aujourd’hui encore, interroge sur les intentions réelles des pères fondateurs.

Tous les bâtisseurs de l’Europe n’étaient pas sur la même ligne

Il serait injuste de faire de tous les architectes de la construction européenne des idéologues antifrançais. Pierre le Vigan nuance le propos en évoquant Robert Marjolin, dont le parcours diffère sensiblement de celui de Monnet. « Il y a une certaine pluralité », concède-t-il.

Mais la tendance dominante est bien celle d’hommes issus d’une gauche cléricale qui, après avoir été impériale et coloniale, s’est jetée « dans le mythe européen avec la même violence, la même naïveté et le même sectarisme ». Le même élan, la même foi déplacée. L’Europe de Bruxelles a remplacé l’Empire colonial comme nouvelle terre de mission.

« Fondamentalement, après la perte de l’Algérie, l’Europe a été pour beaucoup une sorte de rêve de substitution. »

Pierre le Vigan (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Une hérédité qui explique bien des choses

Cette généalogie éclaire d’un jour cru ce qu’est devenue l’Union européenne. Quand on voit aujourd’hui la Commission dicter aux États membres des politiques contraires à leurs intérêts, quand on observe l’alignement systématique sur Washington, il faut se souvenir d’où vient le projet. Il ne s’agissait pas de faire l’Europe avec les nations, mais contre elles.

Le constat dressé par Pierre le Vigan est sans appel : la Commission européenne « n’est pas démocratique et elle n’est pas européenne ». Elle joue contre l’intérêt de la plupart des nations du continent. Elle est « complètement à la botte des États-Unis ».

L’attitude de la fondation Monnet face au livre d’Éric Branca confirme une vieille règle de la politique française : quand on touche aux mythes fondateurs de l’européisme, la riposte est immédiate et brutale. Mais elle confirme aussi que la vérité historique finit toujours par percer. Recule-t-on face à un dossier solide ?

Ce qu’il faut retenir

L’Europe ne s’est pas construite par dépassement serein des nations mais, pour une part significative, par ressentiment contre la France. Jean Monnet en est l’incarnation la plus célèbre, et la tentative de sa fondation pour museler Éric Branca en dit plus long que bien des discours officiels. Comprendre ces origines, c’est se donner les moyens de penser une autre Europe, une Europe à l’endroit.


*D’après un entretien de Pierre le Vigan sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*


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