Le 18 septembre 2026, Emmanuel Macron réunissait à l’Élysée les chefs de parti pour un point sur les menaces et crises auxquelles la France est confrontée. Parmi les sujets abordés : l’intensification supposée de la menace hybride russe. Mais dès le lendemain, deux journalistes spécialisés en défense apportaient un démenti cinglant à la version présidentielle, s’appuyant sur des sources au sein même des services français.
Qu’ont dit les services français sur la menace russe ?
Selon Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro, un agent de renseignement français présent à la réunion de crise a exprimé son scepticisme : la menace russe existe, mais Emmanuel Macron la surestime. Jean-Dominique Merchet, de L’Express, a confirmé l’information dans un tweet. Il affirme avoir échangé avec plusieurs responsables au fait du dossier et indique : aucune cyberattaque russe de grande ampleur n’aurait été recensée contre la France dans les semaines précédant la réunion. En d’autres termes, le récit d’une intensification de la menace hybride ne correspond pas à l’état des connaissances des professionnels du renseignement.
Un discours présidentiel en décalage avec le terrain
Devant les responsables politiques, Emmanuel Macron a dressé un tableau alarmant. Il a évoqué des cyberattaques documentées et attribuées, des attaques informationnelles et des attaques physiques dans l’espace européen, annonçant la préparation d’un plan de protection des infrastructures critiques. Le président a même prévenu : « Le jour où on sera attaqué physiquement, on nous préviendra pas. »
Pourtant, l’invité Georges Kuzmanovic, directeur de publication de Fréquence populaire média, présent dans l’émission Tocsin du 21 septembre 2026, replace ces déclarations dans un contexte plus large. Pour lui, « la menace directe russe est totalement surévaluée ». Il reconnaît une conflictualité réelle, puisque la France est de facto cobelligérante en Ukraine. Mais il souligne que les actions russes se concentrent davantage sur les périphéries françaises, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane, que sur le territoire métropolitain.
Si on cherche des agents étrangers, on en a un magnifique candidat, et de toute belle nature.
Georges Kuzmanovic (Tocsin)
La référence vise Raphaël Glucksmann, dont Georges Kuzmanovic rappelle le parcours : ancien membre du cercle atlantiste, conseiller de Saakachvili en Géorgie, figure des révolutions de couleur en Ukraine. Sans en faire le centre de l’analyse, ce rappel illustre l’asymétrie des accusations portées dans le débat public.
Une diversion face à la crise du diesel ?
La réunion de crise de l’Élysée intervient dans un contexte énergétique tendu. Les prix du carburant atteignent des niveaux historiques, et selon Georges Kuzmanovic, les réserves de diesel sont au plus bas. « Le sujet principal, c’est le diesel et demain le kérosène. La conflictualité avec la Russie sert à emballer et à détourner la tension », affirme-t-il.
Le raisonnement est le suivant : en insistant sur la menace hybride russe, le pouvoir détourne l’attention des difficultés matérielles qui s’accumulent. La question énergétique, elle, renvoie à des choix stratégiques assumés depuis 2022, notamment le soutien militaire à l’Ukraine et l’alignement sur les positions américaines. Selon l’invité, les conséquences de ces choix, la hausse du prix du gazole, les pénuries de volume, commencent à rattraper l’exécutif.
Les contradictions de la position française
L’un des points soulevés dans l’entretien concerne la schizophrénie de la posture occidentale. Alors que Donald Trump critique Zelensky et que les attaques sur les raffineries russes réduisent les volumes de diesel disponibles au niveau mondial, les Européens continuent d’alimenter un conflit dont les retombées les frappent directement. Georges Kuzmanovic note que les Russes, eux, ont fait le choix assumé de ne pas laisser arriver en Europe une seule goutte de diesel raffiné. Une riposte qui, si elle se confirme, aurait un impact bien plus dévastateur que des drones au-dessus de Leipzig.
Édouard Husson, fondateur de l’école internationale de diplomatie Sapience et invité de la même émission, enfonce le clou : « Qu’est-ce qui nous obligeait à être de facto cobelligérants dans la guerre d’Ukraine ? Rien. » Pour lui, la France paie aujourd’hui l’absence de courage politique de ses dirigeants, prisonniers des engagements pris depuis Nicolas Sarkozy.
Ce qu’il faut retenir
La contradiction entre le discours présidentiel et l’appréciation des services de renseignement n’est pas un détail anecdotique. Elle interroge la sincérité de la communication gouvernementale sur la menace russe. Elle révèle aussi l’usage politique possible d’une rhétorique sécuritaire, au moment où les conséquences économiques et énergétiques des choix géopolitiques français deviennent impossibles à dissimuler.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
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