En 1976, un jeune chercheur de l’Institut national des études démographiques publiait un livre qui fut accueilli par des lazzi. Quarante ans plus tard, sa méthode d’analyse résonne étrangement avec les données françaises actuelles. Retour sur une intuition démographique devenue un outil de lecture redoutable.
Pourquoi Emmanuel Todd a-t-il prédit l’effondrement de l’URSS dès 1976 en observant la mortalité infantile ?
Pour l’invité, la réponse tient en une idée : le taux de mortalité infantile est l’indicateur le plus fiable pour déceler un pays en plein effondrement économique, social, politique et stratégique. Dans La chute finale, paru en 1976, Emmanuel Todd constatait que la mortalité infantile soviétique, en baisse continue depuis des décennies, s’était soudain remise à augmenter au début des années 70. Il en déduisait que la construction socialiste butait sur des blocages majeurs et que l’URSS s’effondrerait prochainement. L’effondrement survint quinze ans plus tard, en 1991.
Une méthode d’analyse fondée sur la démographie plutôt que sur les discours
L’invité rappelle que l’ouvrage d’Emmanuel Todd fut brocardé par la presse de l’époque, notamment par Libération. Le chercheur ne s’appuyait pourtant ni sur des opinions, ni sur des intentions prêtées aux dirigeants soviétiques, mais sur une donnée statistique brute. La mortalité infantile présente l’avantage de ne pas se laisser maquiller par les discours officiels : elle mesure concrètement la capacité d’une société à protéger ses membres les plus vulnérables.
Le taux de mortalité infantile est l’indicateur le plus fiable pour déceler un pays en plein effondrement économique, social, politique et stratégique.
Vidéo de l’UPR
La logique est simple : quand les systèmes de santé se dégradent, quand les conditions de vie se détériorent, quand le désespoir gagne la population, les bébés meurent davantage. C’est un baromètre silencieux mais impitoyable.
Les données françaises actuelles : un signal préoccupant
L’invité s’arrête sur un rapport statistique récent, dont la publication aurait été retardée par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, et que Le Canard enchaîné a fini par sortir. Les chiffres donnent à réfléchir : 2 709 bébés sont morts en France en 2024 avant leur premier anniversaire. Le taux de mortalité infantile atteint 4,1 pour 1 000 naissances. La France se classe désormais au 23e rang des 27 États membres de l’Union européenne.
Ce renversement de tendance n’est pas anodin. L’invité rappelle que la mortalité infantile française n’a cessé de diminuer pendant les Trente Glorieuses, portée par l’enrichissement général, l’apparition d’une classe moyenne et un système sanitaire et social de premier ordre. Le tournant aurait commencé avec l’intégration dans l’Union européenne, et l’aggravation avec l’adoption de l’euro.
Quelles causes avancées ?
L’invité établit un lien entre cette dégradation et plusieurs facteurs structurels : les ponctions fiscales massives au profit de l’Union européenne et des pays de l’Est, la libre circulation des capitaux qui aurait accéléré la désindustrialisation, et l’acceptation d’une politique migratoire qu’il juge subie plutôt que choisie. Il mentionne également une étude d’un think tank allemand selon laquelle l’appartenance de la France à l’euro aurait coûté, entre 1999 et 2016, environ 56 000 euros à chaque Français sur la période.
Ces facteurs combinés dessinent, selon lui, un tableau cohérent : un pays qui s’appauvrit relativement, dont les services publics se tendent, et dont la population perçoit confusément la perte de maîtrise sur son destin. Le parallèle avec l’URSS tient moins à la nature des régimes qu’à la mécanique observée : quand un pays perd le contrôle de ses choix fondamentaux, les indicateurs les plus fragiles se dégradent en premier.
Ce qu’il faut retenir
La leçon d’Emmanuel Todd mérite d’être prise au sérieux : la mortalité infantile est un indicateur avancé de la santé d’une nation, bien plus fiable que les discours d’autosatisfaction. Les données françaises actuelles, si elles ne signalent pas un effondrement imparable, constituent un avertissement que les responsables publics gagneraient à regarder en face.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « France : un record statistique selon l’UPR » de UPR
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