Pendant des années, l’Allemagne a mené à Bruxelles un travail de sape méthodique pour exclure l’énergie nucléaire des dispositifs européens de soutien à la transition énergétique. Face à ce blocage, la France a changé de méthode : plutôt que de s’épuiser dans un dialogue stérile avec Berlin, elle a constitué une coalition alternative avec les pays d’Europe centrale et orientale. Retour sur une manœuvre tactique qui a permis de qualifier le nucléaire dans la taxonomie verte européenne.

Comment la France a-t-elle réussi à imposer le nucléaire dans la taxonomie verte européenne malgré l’opposition allemande ?

La France a contourné l’obstruction allemande en formant une alliance avec les États d’Europe centrale et orientale qui partageaient son intérêt pour le nucléaire civil. Plutôt que de s’enfermer dans un face-à-face avec Berlin, Paris a élargi le rapport de force en mobilisant des partenaires désireux, eux aussi, de voir cette énergie reconnue comme un levier légitime de décarbonation. Cette coalition a modifié l’équilibre des voix au sein des institutions européennes, rendant le veto allemand inopérant sur ce dossier précis.

Un lobbying allemand structuré et méthodique

Max-Erwann Gastineau, auteur de L’Ère de l’affirmation, décrit un dispositif d’influence allemand particulièrement efficace à Bruxelles. Il évoque un travail de fond passant par plusieurs canaux : le financement de partis écologistes, le placement stratégique de hauts fonctionnaires dans l’appareil administratif européen, et un maillage constant des instances décisionnelles. L’objectif était simple : écarter le nucléaire de tous les projets européens liés à la transition énergétique.

« Encore aujourd’hui, par exemple, en écartant le nucléaire pour alimenter les data centers qui doivent se développer en Europe. »

Max-Erwann Gastineau (OMERTA)

Ce constat n’est pas anodin. Alors que l’Europe cherche à garantir son autonomie numérique, les centres de données réclament une énergie abondante, pilotable et décarbonée. Le nucléaire français répond à ces trois critères. L’obstruction allemande relevait donc autant de la doctrine que de la défense d’intérêts industriels concurrents.

La coalition centre-européenne, clé du renversement

La France a pris appui sur un fait simple : plusieurs États membres, notamment en Europe centrale et orientale, souhaitaient eux aussi intégrer le nucléaire dans les mécanismes de soutien à la transition énergétique. Gastineau souligne que Paris a su mobiliser ces partenaires pour constituer une majorité alternative, court-circuitant le face-à-face asymétrique avec l’Allemagne.

Cette manœuvre illustre une capacité française à s’émanciper ponctuellement du tête-à-tête franco-allemand. Elle démontre que sur des sujets précis, lorsque les intérêts convergent avec d’autres capitales, la diplomatie française peut construire des coalitions gagnantes sans attendre le feu vert de Berlin.

Un modèle reproductible pour d’autres dossiers ?

Le cas du nucléaire trace une voie. Il montre qu’une approche pragmatique, ciblée sur un objectif précis et adossée à des alliés choisis, peut faire bouger les lignes à Bruxelles. Pour Gastineau, cette méthode mérite d’être systématisée, car le couple franco-allemand ne fonctionne plus comme moteur exclusif de l’Europe, et l’Allemagne elle-même ne s’y est jamais pleinement inscrite.

La France dispose encore d’atouts : une expertise nucléaire reconnue, un réseau diplomatique étendu, et des intérêts partagés avec de nombreux pays qui ne souhaitent pas dépendre du gaz ou du charbon pour leur souveraineté énergétique. La bataille de la taxonomie a prouvé que lorsque Paris agit en coalition plutôt qu’en solitaire ou en dialogue exclusif avec Berlin, les rapports de force bruxellois peuvent être rééquilibrés.

Ce qu’il faut retenir

La qualification du nucléaire dans la taxonomie verte ne doit rien au hasard. Elle résulte d’une stratégie française qui a su contourner le blocage allemand en mobilisant une coalition centre-européenne favorable à l’atome civil. Cette victoire tactique rappelle que la défense des intérêts nationaux à Bruxelles passe moins par l’incantation que par la construction patiente d’alliances alternatives.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Interview de Max-Erwann Gastineau sur les élites et la nation » de OMERTA

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