La filière nucléaire française a longtemps fait figure d’exception dans le paysage énergétique mondial. Aujourd’hui, alors que les besoins en électricité explosent et que la souveraineté énergétique redevient un enjeu central, Louis Gallois dresse un constat sans concession : deux décennies de décisions politiques ont méthodiquement affaibli cet atout stratégique.

Pourquoi la France a-t-elle abandonné le nucléaire à travers ses décisions politiques ?

L’ancien patron d’EADS et commissaire général à l’investissement identifie quatre décisions majeures qui ont fragilisé la filière : l’arrêt de Superphénix en 1997, le gel des nouveaux réacteurs, la fermeture anticipée de Fessenheim, et l’abandon du programme Astrid. Ces choix résultent d’une combinaison de pressions politiques et d’une forme de renoncement français face à l’idéologie antinucléaire.

Quatre renoncements majeurs

Louis Gallois retrace une chronologie qui commence sous le gouvernement Jospin. L’arrêt de Superphénix est alors décidé pour satisfaire les Verts, entrés dans la coalition gouvernementale. Le réacteur à neutrons rapides, pourtant prometteur, est sacrifié sur l’autel des équilibres politiques.

« Une des grandes fautes de la décennie 2000, ça a été le massacre des programmes nucléaires. On a commencé par arrêter Superphénix pour faire plaisir à madame Voynet et avoir les écolos dans le gouvernement de Jospin. »

Louis Gallois (Forces Françaises de l’Industrie)

Le deuxième coup porté à la filière est plus diffus mais tout aussi destructeur : l’absence de nouveaux lancements de réacteurs, à l’exception de Flamanville. Cette pause prolongée démobilise les industriels et décourage les jeunes ingénieurs de s’orienter vers une filière perçue comme en déclin.

La fermeture de Fessenheim constitue le troisième acte de ce que Louis Gallois qualifie d’erreur stratégique. La centrale alsacienne, située à la frontière allemande, venait d’être rénovée et disposait d’une durée de vie estimée à vingt ans supplémentaires. Selon l’ancien dirigeant, cette décision répondait avant tout à une exigence allemande.

L’abandon du programme Astrid, enfin, représente le renoncement le plus lourd de conséquences à long terme. Ce réacteur à neutrons rapides devait utiliser l’uranium appauvri stocké en France, produire son propre combustible et consommer une partie des déchets nucléaires. Louis Gallois rappelle que les stocks français d’uranium appauvri représentent plusieurs milliers d’années de production électrique au niveau actuel.

Une filière qui aurait garanti l’indépendance énergétique

La particularité du programme nucléaire français, rappelle l’ancien commissaire général à l’investissement, réside dans la maîtrise complète de la chaîne de production, à l’exception du minerai. Avec le réacteur à neutrons rapides, cette dépendance disparaissait.

L’indépendance énergétique ainsi acquise aurait protégé la France des aléas géopolitiques qui pèsent sur les approvisionnements en combustibles fossiles. Aujourd’hui, l’électricité représente 27 % des besoins énergétiques français. L’objectif de 55 % en 2050 exige une montée en puissance rapide de la production, alors même que la filière sort affaiblie de vingt ans de décisions défavorables.

Le retour en grâce des formations nucléaires

Un signal encourageant émerge néanmoins. Louis Gallois observe que les sections nucléaires des écoles d’ingénieurs, notamment aux Arts et Métiers, font à nouveau le plein d’étudiants. Les jeunes perçoivent désormais le nucléaire comme une solution d’avenir, et les annonces de relance du programme par le président de la République ont produit un effet d’entraînement.

Reste que la programmation pluriannuelle de l’énergie reste, selon lui, un exercice marqué par les lobbies et déconnecté des avis scientifiques. Les rapports de l’Académie des sciences et de l’Académie des technologies, tous favorables à une relance nucléaire ambitieuse, n’ont pas été suivis d’effets dans les arbitrages récents.

Ce qu’il faut retenir

Vingt ans de décisions contraires à l’intérêt stratégique ont fragilisé un outil qui assurait à la France une position unique en Europe. La reconstruction de la filière est engagée, mais le temps perdu ne se rattrape pas aisément. L’épisode rappelle qu’une politique énergétique ne se construit pas sur des concessions politiques, mais sur une vision de long terme.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Politique énergétique nucléaire en France, analyse de Louis Gallois » de Forces Françaises de l’Industrie

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