La question souverainiste ne se résume pas à un clivage gauche-droite. Elle repose sur une triple appartenance que la France a contractée au fil des décennies : l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, la monnaie unique européenne et l’Union européenne elle-même. Juan Branco, avocat et fondateur du mouvement Les Ruches, candidat à l’élection présidentielle, en fait le cœur de son analyse politique. Pour lui, ces trois piliers ne sont pas négociables séparément : ils constituent un système cohérent dont la remise en cause conditionne toute reconquête de souveraineté.
Pourquoi l’OTAN, l’euro et l’Union européenne forment-ils un bloc indissociable dans le débat souverainiste ?
Ces trois institutions encadrent la capacité de la France à décider de sa politique étrangère, de sa stratégie économique et de son cadre législatif. Sortir de l’une sans toucher aux autres revient à conserver les contraintes qui empêchent l’exercice d’une souveraineté pleine. Juan Branco l’affirme : l’appartenance à l’OTAN, à l’euro et à l’Union européenne doit être soumise à référendum dans les six mois suivant une éventuelle accession au pouvoir, car ces trois engagements sont liés par une logique commune de dilution de la décision nationale.
Un clivage que les grandes forces politiques n’assument plus
Juan Branco dresse un constat sévère sur l’état du débat public. Selon lui, ni le Rassemblement national ni La France insoumise ne portent aujourd’hui une remise en cause frontale de ces trois piliers. Le Rassemblement national a renoncé à la sortie de l’OTAN et de l’Union européenne, tandis que La France insoumise, malgré des racines eurosceptiques, n’en fait plus un axe structurant de son programme.
« Si vous sortez pas de l’Union européenne, comment vous voulez reprendre votre contrôle sur les frontières ? (…) Dès qu’on a dit ça, l’imposture de la proposition du Rassemblement national est mise à nu. »
Juan Branco (Front Populaire)
Il applique le même raisonnement à la gauche : comment augmenter le pouvoir d’achat sans reconstruire une base industrielle, ce qui suppose de s’extraire des flux de la mondialisation et donc de l’Union européenne ? Pour Juan Branco, ces deux forces politiques sont devenues des expressions d’un même « extrême centre » qui a absorbé leurs positions respectives, les rendant incapables de porter une alternative crédible.
L’OTAN, angle mort du débat français
La question atlantiste occupe une place particulière dans l’analyse de Juan Branco. Il rappelle que son engagement est né à un moment où « tout nous poussait à la guerre avec la Russie », et où l’on pouvait s’interroger sur les intentions de l’exécutif français. L’élection de Donald Trump a, selon lui, temporairement inhibé ces dynamiques, mais le risque d’un emballement militaire reste structurellement lié à l’appartenance à l’OTAN.
Il pointe un déséquilibre militaire croissant sur le continent : l’Allemagne consacre désormais un budget militaire deux fois supérieur à celui de la France, la Pologne aligne des capacités terrestres sans commune mesure avec les nôtres, et l’Ukraine s’est constituée en « État garnison » dont les forces politiques dominantes, y compris des courants d’extrême droite, pourraient un jour se retourner contre leurs bienfaiteurs. Pour Juan Branco, l’Union européenne, loin de préserver la paix, nous porte vers ces conflits.
L’euro et l’Union européenne : un verrouillage démocratique
Sur le volet économique et institutionnel, Juan Branco défend une approche qu’il qualifie de pragmatique. L’argument n’est pas prioritairement idéologique : il constate que l’État français, malgré ses défaillances, reste infiniment plus efficace que les structures bruxelloises.
« Pourquoi s’infliger ces rituels insupportables à Bruxelles, toutes ces réunions interminables, toutes ces négociations, quand on pourrait de façon bien plus rapide se saisir des évolutions du monde et porter les intérêts de notre peuple ? »
Juan Branco (Front Populaire)
Il rappelle que depuis 2005, le peuple français n’a plus été consulté par référendum sur les grandes orientations du pays. Le traumatisme du « non » au traité constitutionnel européen aurait conduit les dirigeants à renoncer à cet instrument, par crainte d’un désaveu populaire. La sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN ne serait donc pas imposée par la seule voie électorale : elle ferait l’objet d’un grand débat national suivi d’un référendum, afin que la décision appartienne au peuple et non à un seul élu.
La méthode Branco : le référendum comme outil de rupture
La singularité de la démarche réside dans le refus de dissocier la conquête du pouvoir de sa restitution immédiate aux citoyens. L’article 11 de la Constitution, qui permet au président de déclencher des référendums sans passer par le Parlement, est présenté comme l’instrument d’un « coup d’État institutionnel » pacifique, capable de court-circuiter les obstacles parlementaires et les résistances du Conseil constitutionnel. Cette stratégie vise à rendre possible une réorganisation profonde des pouvoirs publics sans avoir à négocier avec les forces politiques en place.
Ce qu’il faut retenir
La triple question de l’OTAN, de l’euro et de l’Union européenne constitue, dans l’analyse portée par Juan Branco, le véritable clivage politique français, celui que les grandes formations préfèrent esquiver. Sa démarche consiste à poser ces trois sujets comme un bloc cohérent, à les soumettre ensemble à la décision populaire, et à assumer qu’une sortie de la France de ces trois cadres ne serait pas un saut dans l’inconnu, mais la condition d’un retour à la maîtrise de son destin.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
*D’après un entretien de Juan Branco sur Front Populaire
Pour aller plus loin
- Contre Macron, Juan Branco (Le Cerf)
- Crépuscule, Juan Branco (Au Diable Vauvert)
- Abattre l’ennemi, Juan Branco
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