Le coût de l’énergie est devenu un sujet central du débat public, entre impératifs climatiques et préoccupations sur le pouvoir d’achat. Si les chiffres circulent abondamment, une question reste pourtant sans réponse claire : combien coûtent réellement les énergies renouvelables au consommateur français une fois tous les postes de dépenses pris en compte ? L’ancien patron d’Airbus et de la SNCF, Louis Gallois, pointe une opacité persistante qui mérite un examen rigoureux.

Pourquoi ne connaît-on pas le coût complet des énergies renouvelables en France contrairement au nucléaire ?

La Cour des comptes a établi un calcul précis du coût du nucléaire, évalué entre 58 et 61 euros le mégawattheure. Ce chiffre intègre l’ensemble de la chaîne : construction, maintenance, démantèlement, gestion des déchets. Pour les énergies renouvelables, aucun calcul équivalent n’a été réalisé. Selon Louis Gallois, cette absence de transparence est d’autant plus problématique que plusieurs postes de coûts majeurs ne sont jamais intégrés dans les comparaisons qui circulent. Les investissements de RTE pour adapter le réseau aux sources intermittentes représentent à eux seuls 100 milliards d’euros. L’intermittence, compensée par un nucléaire qu’on fait fonctionner en dessous de son optimum, renchérit le coût de l’électricité pilotable. Le raccordement des éoliennes en mer coûte « les yeux de la tête », sans que ce montant soit répercuté dans les chiffres habituellement communiqués.

Un coût de réseau rarement chiffré

Le débat public se focalise souvent sur le prix de l’électricité à la production, c’est-à-dire au moment où elle sort de l’éolienne ou du panneau solaire. Louis Gallois rappelle que ce chiffre ne dit rien du coût global. Les énergies renouvelables, parce qu’elles sont diffuses et intermittentes, exigent des investissements massifs dans le réseau de transport et de distribution.

« On nous sort toujours le prix de l’électricité qui sort à la production. On ne nous dit pas les coûts du réseau, il y en a quand même pour 100 milliards d’investissement de RTE. »

Louis Gallois (Forces Françaises de l’Industrie)

Le gestionnaire du réseau doit en effet adapter l’infrastructure pour accueillir des milliers de points de production dispersés, là où le nucléaire fonctionne avec quelques dizaines de sites concentrés. Ces 100 milliards ne sont pas une option : ils sont la condition technique pour que l’électricité produite par les renouvelables puisse être acheminée jusqu’aux consommateurs. Or, ce montant n’apparaît jamais dans le prix au mégawattheure affiché par les promoteurs des énergies vertes.

L’effet pervers de la désoptimisation du nucléaire

L’intermittence des éoliennes et des panneaux solaires a une conséquence directe sur le parc nucléaire français. Quand le vent souffle ou que le soleil brille, l’électricité renouvelable est injectée en priorité sur le réseau, obligeant les réacteurs nucléaires à réduire leur production. Cette pratique a un nom technique : l’effacement.

Louis Gallois explique que les réacteurs ne sont pas conçus pour ce fonctionnement en dents de scie. Ils sont optimisés pour une production stable, ce que les ingénieurs appellent la base. Quand on leur demande de baisser puis de remonter leur production pour laisser passer l’électricité renouvelable, on dégrade leur performance économique. L’amortissement des centrales est calculé sur un certain volume de production annuelle. Moins elles produisent, plus le coût fixe par mégawattheure augmente mécaniquement. Cette désoptimisation n’est jamais comptabilisée dans le prix des renouvelables, alors qu’elle en est la conséquence directe.

Une programmation énergétique sans évaluation sérieuse

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe la répartition des sources d’énergie pour les années à venir. Elle prévoit un développement massif des éoliennes et des panneaux solaires. Pourtant, souligne Louis Gallois, cette programmation n’a fait l’objet d’aucun vote au Parlement et n’a pas intégré les rapports de l’Académie des sciences ou de l’Académie des technologies, qui convergent vers une évaluation bien plus prudente de la place des renouvelables.

« J’attends que le même calcul soit fait pour les énergies renouvelables. Personne ne le sait. »

Louis Gallois (Forces Françaises de l’Industrie)

La question posée est simple : comment peut-on décider d’engager le pays dans une transformation aussi profonde de son système énergétique sans disposer d’un chiffrage complet et transparent de ce qu’elle coûtera ? Louis Gallois ne rejette pas les énergies renouvelables en tant que telles. Il les voit comme un appoint utile, notamment pour assurer la transition en attendant la mise en service des nouveaux réacteurs, attendus au plus tôt vers 2038. Mais il conteste une logique qui consiste à les pousser au-delà du raisonnable, sans avoir mis en face les coûts réels qu’elles impliquent pour le réseau, pour le parc nucléaire existant et pour la compétitivité de l’économie française.

72 milliards de dette : la facture cachée du marché européen

Ce que les débats sur les renouvelables et leur intermittence laissent souvent dans l’ombre, c’est le coût public réel de la crise de 2022. Pour amortir l’explosion des prix sur les marchés de gros européens, le gouvernement français a mis en place le bouclier tarifaire, en gelant les hausses d’énergie pour les ménages, les petites entreprises et les collectivités. Le montant total de cette intervention publique s’élève à 72 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 9 milliards supplémentaires dépensés pour racheter les parts des actionnaires d’EDF, un groupe alors endetté à près de 50 milliards d’euros.

Ce chiffre mérite d’être mis en perspective. Ni les fournisseurs alternatifs, dont certains ont réalisé des marges brutes record pendant cette même période, ni les instances européennes qui avaient conçu le système, n’ont participé à cet effort. Ce sont les contribuables qui ont absorbé, via la dette publique, le coût d’un dysfonctionnement structurel. Comme le résume le contenu de la vidéo sur laquelle s’appuie cet éclairage : le consommateur a été épargné, oui, mais c’est le contribuable qui l’a payé, à crédit.

Dit autrement, la facture d’électricité affichée sur les relevés des ménages pendant la crise ne reflétait pas le coût réel du système. Une partie de ce coût a simplement été différée et mutualisée, sans que les acteurs qui en ont profité soient mis à contribution.

Ce qu’il faut retenir

Le coût réel des énergies renouvelables ne pourra être connu que lorsqu’un calcul aussi complet que celui réalisé pour le nucléaire aura été effectué et rendu public. En attendant, les 100 milliards d’investissement de RTE, la désoptimisation du parc nucléaire et les coûts d’intermittence restent les grands absents du débat, alors qu’ils pèseront in fine sur la facture des ménages comme sur la compétitivité des entreprises.

Vidéo « Politique énergétique nucléaire en France, analyse de Louis Gallois » de Forces Françaises de l’Industrie

Vidéo « Comment l’Europe sabote EDF pour enrichir les traders » de PRAXIS – Reprendre le pouvoir

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