En 1968, alors que la France s’embrase et que le monde semble partagé entre deux blocs, Charles de Gaulle cherche une issue originale à la question sociale. Ni capitalisme américain, ni communisme soviétique : le Général défend un projet économique singulier, la participation, qui vise à transformer la condition du salarié dans l’entreprise. Philippe de Saint-Robert, ancien collaborateur du Général et l’un des derniers témoins de cette époque, revient sur cette ambition contrariée.

Qu’est-ce que la participation voulue par De Gaulle ?

La participation est un projet économique et social qui visait à faire des salariés des copropriétaires de leur entreprise. Concrètement, il s’agissait d’attribuer par la loi à chaque travailleur une part des gains de l’affaire et des investissements réalisés grâce à ces gains. L’objectif : dépasser l’opposition entre capital et travail en faisant des ouvriers et des employés les artisans de leur propre entreprise.

Une troisième voie entre deux modèles rejetés

Le projet s’inscrit dans la vision géopolitique de De Gaulle, qui cherchait à positionner la France hors de la bipolarité américano-soviétique. Sur le plan économique, le Général jugeait les deux modèles dominants insatisfaisants. Le capitalisme, expliquait-il, « fabrique de plus en plus de richesses » mais laisse ceux qui ne possèdent pas le capital « dans une sorte d’état d’aliénation à l’intérieur même de l’activité à laquelle ils contribuent ». Le communisme, lui, ne constituait pas une réponse acceptable du point de vue de l’homme.

La participation devait offrir une alternative : des salariés associés aux résultats et aux décisions de leur entreprise, avec « un intérêt direct » à son bon fonctionnement.

L’amendement Vallon, genèse parlementaire du projet

L’idée n’est pas née ex nihilo. Philippe de Saint-Robert rappelle qu’elle a été portée au Parlement par Louis Vallon, figure des gaullistes de gauche et membre de l’UDT, l’Union démocratique du travail. Ce dernier s’était inspiré des travaux de Marcel Loichot, auteur d’un ouvrage sur le sujet. Louis Vallon fit alors voter un texte connu sous le nom d’amendement Vallon, qui posait les bases législatives de cette ambition.

Pourquoi le projet n’a jamais été appliqué ?

La réponse tient en un mot : unanimité contre lui. « La droite y voyait un début de socialisation, le Parti communiste une espèce de collaboration de classe », résume Philippe de Saint-Robert.

C’est tout ce qui prouve que c’était quelque chose de probablement très bien, mais très difficile à mettre en place.

Philippe de Saint-Robert (UPR)

En effet, la droite patronale redoutait une remise en cause de la propriété capitalistique, tandis que la gauche, communiste notamment, voyait dans la participation un moyen de désamorcer la lutte des classes en intégrant les travailleurs au système. Cette conjonction d’oppositions, paradoxale mais redoutablement efficace, a empêché toute application sérieuse du projet.

Les gaullistes de gauche, porteurs d’une promesse inaboutie

Philippe de Saint-Robert rappelle que l’UDT était le seul parti politique auquel il ait appartenu. Ce courant, incarné par Louis Vallon, René Capitant ou Léo Hamon, défendait une lecture sociale du gaullisme, attentive à la condition ouvrière et hostile à la dérive libérale. La querelle autour de la participation a d’ailleurs profondément divisé la famille gaulliste, opposant notamment les partisans de Vallon à Georges Pompidou, Premier ministre de l’époque, auquel l’auteur reprochait son hostilité au projet.

Ce qu’il faut retenir

La participation de De Gaulle reste l’une des promesses inabouties de la Ve République : un projet économique original, combattu par les deux camps qu’il prétendait dépasser. Sa redécouverte offre aux lecteurs souverainistes une piste pour penser une économie française indépendante des modèles dominants.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Entretien avec Philippe de Saint Robert sur la trajectoire de la France » de UPR

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