La présidentielle de 2027 voit émerger une multiplicité de candidatures souverainistes. Parmi les figures évoquées comme potentiel candidat fédérateur, Philippe de Villiers occupe une place particulière. Florian Philippot, président des Patriotes et lui-même candidat déclaré, retrace dans un entretien récent la trajectoire doctrinale de l’ancien député vendéen. Une cohérence qui mérite d’être examinée au-delà des étiquettes partisanes.

Quelles sont les positions constantes de Philippe de Villiers sur la souveraineté nationale, le Frexit et l’Union européenne depuis 1992 ?

Philippe de Villiers a défendu une ligne souverainiste constante depuis le traité de Maastricht en 1992, qu’il a combattu comme l’un des « mousquetaires » de l’époque. Fondateur du Mouvement pour la France (MPF), il a porté cette opposition aux européennes de 1994 (12 %) puis de 1999 (13 % en alliance avec Pasqua). Il qualifie l’euro de « monnaie d’occupation », défend la sortie de l’UE et de l’OTAN, et a maintenu pendant le Covid une position de défense des libertés individuelles contre les passes sanitaires et la suspension des soignants.

Un ancrage doctrinal ancien

La cohérence de Philippe de Villiers sur les questions de souveraineté nationale ne date pas des recompositions récentes du paysage politique. Florian Philippot rappelle que dès 1992, l’ancien secrétaire général du MPF fait partie des figures qui ferraillent contre le traité de Maastricht. Dans la foulée, il crée le Mouvement pour la France, formation souverainiste qui obtient des résultats significatifs dès ses premières campagnes électorales.

C’est lui qui a inventé le terme « monnaie d’occupation » pour désigner l’euro.

Florian Philippot (Front Populaire)

Au-delà des mots, il y a une continuité d’action. Le MPF porte aux européennes de 1994 un score de 12 %, puis 13 % en 1999 sur une liste d’alliance avec Charles Pasqua. Philippot, qui assiste cette année-là à son premier meeting politique à Lille, y voit l’amorce d’une tradition politique qui dépasse le clivage gauche-droite.

Le dépassement du clivage gauche-droite

L’un des marqueurs de la trajectoire de Villiers, selon Philippot, est sa tentative précoce de dépasser l’opposition traditionnelle entre droite et gauche. En 2002, un dîner avec Jean-Pierre Chevènement vise à construire une alliance des souverainistes par-delà leurs traditions politiques respectives. L’équipe Chevènement refuse alors de reconnaître publiquement cette rencontre, une occasion manquée dont on mesure aujourd’hui la portée.

Cette tentative ancienne de rapprochement éclaire la démarche actuelle : Philippe de Villiers est perçu comme un candidat susceptible de fédérer différentes sensibilités souverainistes, de la droite conservatrice aux héritiers du chevènementisme. Sa cohérence sur les questions essentielles (Frexit, sortie de l’OTAN, défense des libertés) transcende des divergences qu’il serait, selon Philippot, stérile de monter en épingle dans le contexte actuel.

Libertés individuelles et lucidité sur les instruments juridiques

La période du Covid constitue un autre révélateur. Philippot insiste sur le fait que Philippe de Villiers a défendu pendant la crise sanitaire, et non après coup, les libertés individuelles menacées par les passes sanitaires et la suspension des soignants non vaccinés. Une position qui témoigne d’une conception exigeante des libertés, cohérente avec le refus d’une construction européenne perçue comme liberticide.

Sur la question migratoire, la divergence avec une partie du courant identitaire est nette. Là où certains s’en tiennent à des postures radicales sans remettre en cause le cadre institutionnel, Philippe de Villiers a compris, selon Philippot, que sans sortir de Schengen, de l’Union européenne et de la Cour européenne des droits de l’homme, aucune politique migratoire substantielle n’est possible.

Il a bien conscience que si nous ne quittons pas Schengen, l’Union européenne et la CEDH, y compris sur le sujet migratoire, on fera du vent.

Florian Philippot (Front Populaire)

Ce qu’il faut retenir

La figure de Philippe de Villiers, loin de se réduire à une image médiatique d’homme de spectacle ou de conservateur identitaire, s’inscrit dans une tradition souverainiste constante depuis trente ans. Sa candidature potentielle, si elle se confirme, aurait pour atout une cohérence doctrinale rare sur les sujets structurants de la souveraineté nationale. Reste à savoir si ce capital politique pourra se transformer en dynamique de rassemblement, alors que les divisions persistent entre les différentes chapelles souverainistes.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

*D’après un entretien de Florian Philippot sur Front Populaire

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