Lors d’une visite à Pékin qui restera dans les annales diplomatiques, le président chinois Xi Jinping a posé à Donald Trump une question aussi érudite que redoutable : les deux puissances sauront-elles éviter le piège de Thucydide ? Une référence historique qui, prononcée en pleine négociation commerciale, en dit long sur le rapport de force qui s’est installé entre Washington et Pékin.

Qu’est-ce que le piège de Thucydide et pourquoi Xi Jinping l’a-t-il invoqué face à Donald Trump ?

Le piège de Thucydide désigne un schéma récurrent dans l’histoire des relations internationales, théorisé par le politologue américain Graham Allison dans un ouvrage paru en 2015 : lorsqu’une puissance montante défie une puissance dominante, la confrontation armée devient statistiquement probable. Sur les cinq derniers siècles, Allison a recensé douze situations de ce type ; neuf d’entre elles ont débouché sur une guerre. En citant ce concept directement à Trump, Xi Jinping a envoyé un triple message : la Chine connaît vos analyses stratégiques, elle a conscience de son ascension, et elle invite désormais Washington à accepter un nouvel ordre mondial sans conflit.

Une leçon d’histoire au cœur du face-à-face sino-américain

L’origine du concept remonte à l’historien grec Thucydide, qui analysa la guerre du Péloponnèse opposant Sparte, puissance dominante de l’époque, à Athènes, puissance montante. Dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide estimait qu’il était quasiment fatal que la puissance établie entre en guerre contre la puissance émergente pour préserver sa position. C’est ce déterminisme que Graham Allison a formalisé en concept géopolitique contemporain, l’appliquant notamment à la relation sino-américaine.

Selon François Asselineau, président de l’UPR et ancien haut fonctionnaire, l’invocation de cette référence par Xi Jinping a constitué un moment de basculement symbolique :

« Il a parlé même plus d’égal à égal. Maintenant, c’est nous les nouveaux patrons du monde. Il faut que vous vous fassiez une raison. »

François Asselineau (OMERTA)

L’épisode s’est produit alors que Donald Trump, accompagné de chefs d’entreprise américains, venait négocier plusieurs dossiers économiques cruciaux. La réponse chinoise a mêlé érudition et fermeté, laissant l’ancien président américain décontenancé.

La démonstration de force technologique chinoise

L’exemple des semi-conducteurs illustre parfaitement le nouveau rapport de force. Lorsque Washington a interdit l’exportation vers la Chine des puces électroniques Nvidia, pensant fragiliser Pékin, la réaction chinoise a été radicale : le pouvoir central aurait convoqué les grandes entreprises nationales pour leur ordonner de cesser tout achat de puces américaines et de concentrer tous les investissements sur une production domestique. En moins d’un an, les parts de marché de Nvidia se sont effondrées, contraignant son PDG à supplier Trump de changer de politique.

Le moment clé fut donc celui où Trump, arrivé à Pékin avec le patron de Nvidia, demanda à Xi Jinping de rouvrir le marché chinois. La réponse, un sourire et une référence au piège de Thucydide, signifiait un refus courtois mais définitif.

L’Iran comme révélateur des limites américaines

François Asselineau replace cet épisode dans un contexte plus large d’affaiblissement relatif de la puissance américaine. L’intervention militaire contre l’Iran, décidée selon lui sur un « coup de tête » après une rencontre avec Benjamin Netanyahou, a produit l’effet inverse de celui recherché : elle a démontré la résilience militaire iranienne, renforcé le régime des mollahs en transformant le guide suprême en martyr, et surtout jeté la Chine et la Russie dans les bras l’une de l’autre.

Cette convergence sino-russe, loin d’être naturelle au regard des tensions historiques entre les deux pays, constitue une conséquence directe de la stratégie de pression américaine. Le résultat est paradoxal : en tentant d’affaiblir Pékin par des actions périphériques, Washington a accéléré l’émergence d’un bloc eurasiatique soudé.

Ce qu’il faut retenir

L’échange entre Xi Jinping et Donald Trump autour du piège de Thucydide n’était pas une simple joute rhétorique. Il marque l’irruption dans le champ diplomatique d’une Chine qui ne se contente plus de réagir aux initiatives américaines, mais qui impose ses propres références et son propre tempo stratégique. Le basculement du centre de gravité mondial est en cours, et il se joue autant dans les usines de semi-conducteurs que dans les salons feutrés de la diplomatie.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « François Asselineau se prononce contre le choc des civilisations » de OMERTA

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