La politique étrangère française est aujourd’hui encadrée par des mécanismes européens que la plupart des citoyens ne connaissent pas. Parmi eux, la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) occupe une place centrale. François Asselineau, invité de l’émission Direct n°127, en dresse un constat sévère : la France aurait, sans débat public véritable, abandonné une part de son indépendance diplomatique.
Qu’est-ce que la PESC et pourquoi restreint-elle l’indépendance diplomatique française ?
La Politique étrangère et de sécurité commune est un dispositif de l’Union européenne qui harmonise les positions diplomatiques des États membres. Concrètement, selon François Asselineau, elle produit trois conséquences majeures pour la France : d’abord, la définition d’une ligne diplomatique commune à vingt-sept, qui supplante la voix française ; ensuite, l’adoption de sanctions économiques et commerciales décidées au niveau européen ; enfin, l’alignement des représentations françaises sur des positions que Paris n’aurait pas choisies de manière autonome. Cette mécanique est d’autant plus prégnante qu’elle fonctionne sans que l’opinion publique n’en mesure réellement l’ampleur.
Les sanctions, un instrument dicté par l’UE
L’un des points les plus développés par François Asselineau concerne le recours systématique aux sanctions. La Russie en concentre à elle seule plus d’un millier, réparties en vingt et un paquets successifs. Mais la liste ne s’arrête pas là : Chine, Iran, Zimbabwe, Guinée équatoriale, Paraguay, Colombie, Venezuela, Azerbaïdjan, la plupart des pays du Moyen-Orient. Au total, plus de la moitié des nations du globe feraient l’objet de mesures restrictives européennes.
« L’Union européenne passe absolument sa vie entière à donner des leçons de morale à la planète entière. »
François Asselineau (UPR)
Cette diplomatie de la sanction, souligne-t-il, échappe largement au contrôle des citoyens français. Les débats au Parlement européen, où se décident ces orientations, restent peu suivis. Pour l’invité, la France se trouve ainsi engagée dans des contentieux internationaux qu’elle n’a pas choisis, au nom d’une solidarité européenne qui ne correspond pas toujours à ses intérêts nationaux.
Des accords commerciaux qui fragilisent des filières françaises
La PESC ne se limite pas aux enjeux militaires ou diplomatiques classiques. Elle englobe la dimension externe des accords de libre-échange. François Asselineau rappelle que depuis 1992, seize accords de ce type ont été conclus, dont quatorze au détriment de l’agriculture française. Deux nouveaux dossiers seraient en préparation, notamment un accord avec l’Australie.
Ce dernier projet, évoqué en marge des Nations unies entre Ursula von der Leyen, Antonio Costa et le premier ministre australien Anthony Albanese, prévoirait l’importation de dizaines de milliers de tonnes d’ovins et de 33 000 tonnes de bovins supplémentaires. En contrepartie, l’Union européenne obtiendrait un accès à des métaux rares, dont le lithium australien, destiné aux batteries de l’industrie automobile allemande. « Encore une fois, madame von der Leyen, qui est allemande, sert les intérêts de l’Allemagne », affirme l’invité, qui voit dans cette séquence une illustration de la subordination des filières agricoles françaises aux priorités industrielles d’outre-Rhin.
Pourquoi le débat public français n’en parle pas
François Asselineau avance une explication : les responsables politiques français, toutes tendances confondues, ne remettraient pas en cause la participation de la France à cette politique étrangère commune. Ni Nicolas Dupont-Aignan ni Philippe de Villiers, pourtant identifiés comme souverainistes, ne proposeraient d’en sortir explicitement. « Pas plus sur l’industrie, pas plus sur la politique des sanctions tous azimuts, pas plus sur la libre circulation des capitaux », assène-t-il.
L’invité y voit une forme de démission collective, qu’il relie à un phénomène historique plus large : l’existence, en France, de classes dirigeantes prêtes à composer avec l’étranger au détriment de l’intérêt national. De la trahison du connétable de Bourbon à la collaboration de 1940, en passant par l’exil de Marie de Médicis, il trace une continuité historique que les manuels n’enseigneraient guère.
L’UE, architecture militaire par traité : ce que cela implique pour Paris
Ce cadre juridique n’est pas une abstraction. L’article 42.7 du traité sur l’Union européenne prévoit une clause d’assistance mutuelle : si un État membre est victime d’une agression armée, les autres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir. Une formulation délibérément large, dont l’activation concrète échappe au seul calcul national français. À cela s’ajoute l’article 222, dit clause de solidarité, qui couvre les attaques terroristes et les catastrophes.
Ces dispositions ne relèvent pas d’un glissement récent. Elles sont inscrites dans les traités depuis Lisbonne, en 2009. Ce que la transcription pointe, c’est leur portée politique actuelle :
« L’Union européenne pousse à la roue en Ukraine plus que les OTANiens, plus que les Américains. »
Vidéo d’OMERTA
Que cette formulation soit ou non vérifiable dans ses proportions, elle désigne un phénomène réel : la Commission européenne s’est dotée depuis 2022 de la Facilité européenne pour la paix, un instrument hors budget communautaire permettant de financer des livraisons d’armes à des États tiers, dont l’Ukraine, pour un montant ayant dépassé les cinq milliards d’euros. Un outil que les traités originels n’avaient pas explicitement prévu, et dont l’existence repose sur des bases juridiques dont la solidité est contestée par plusieurs constitutionnalistes.
Pour la France, l’enjeu est celui de la cohérence : une politique de défense nationale autonome, fondée sur la dissuasion nucléaire et la décision souveraine, ne peut coexister durablement avec un cadre supranational qui engage les États membres sans vote parlementaire national préalable.
Ce qu’il faut retenir
La PESC n’est pas un simple cadre de coordination : elle détermine concrètement les sanctions que la France applique, les accords commerciaux qu’elle signe et les positions diplomatiques qu’elle défend sur la scène internationale. Pour François Asselineau, en sortir constitue un préalable à toute reconquête de l’indépendance nationale. Reste que le débat public français n’en fait aujourd’hui qu’une question marginale.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Vidéo « François Asselineau répond à des questions, session 127 » de UPR
Pour aller plus loin
- La Fabrique des crétins, Jean-Paul Brighelli (Jean-Claude Gawsewitch)
- L’Europe est morte à Pristina, Jacques Hogard (Fayard)
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