Qui parle au nom de l’Europe sur la scène internationale ? La question paraît simple, mais la réponse relève d’un casse-tête institutionnel. En additionnant les chefs d’État, les chefs de gouvernement, les ministres des affaires étrangères des 28 États membres et les responsables des institutions bruxelloises, on obtient plus de cent interlocuteurs censés porter une position commune. Cette architecture fragmentée explique pourquoi toute politique étrangère cohérente devient structurellement impossible.

Pourquoi la politique étrangère de l’Union européenne est-elle si difficile à coordonner ?

La réponse tient en un chiffre : plus de 100 responsables gouvernementaux prétendent définir la diplomatie européenne. L’Union européenne dispose d’un Haut Représentant pour les affaires étrangères (actuellement l’Italienne Federica Mogherini, qui a succédé à la Britannique Catherine Ashton) et d’un président du Conseil européen (le Polonais Donald Tusk, qui a remplacé le Belge Herman Van Rompuy). Mais ces figures institutionnelles ne sont que la partie émergée du problème. Chaque État membre conserve sa propre diplomatie, avec son président ou Premier ministre et son ministre des Affaires étrangères. À quoi s’ajoute la présidence tournante semestrielle du Conseil, qui ajoute un interlocuteur supplémentaire tous les six mois.

Une architecture institutionnelle conçue pour diluer la voix politique

Comme l’expliquait l’invité dans un entretien diffusé en 2015, le blocage est structurel :

Il faudrait que tout ce petit monde parle d’une seule voix. C’est comme à l’opéra, les chœurs d’Aïda. C’est évidemment absolument impossible. Tout le monde tire à hue et à dia.

Union Populaire Républicaine

Cette dispersion n’est pas un accident de l’histoire. Elle résulte directement des élargissements successifs de l’Union. L’Europe des Six, en 1962, comptait quatre langues officielles et une diplomatie largement structurée autour du couple franco-allemand. Soixante ans et vingt-deux adhésions plus tard, l’Union compte 28 États, 24 langues officielles, trois alphabets et 276 combinaisons de traduction possibles. La langue de travail est devenue quasi exclusivement l’anglo-américain, sans que cette unification linguistique ne résolve la fragmentation politique.

Le piège de la représentation multiple

Le problème dépasse la simple lourdeur administrative. Quand un partenaire international (Washington, Moscou, Pékin) souhaite négocier avec l’Europe, il se trouve face à une nébuleuse de décideurs aux intérêts souvent divergents. Un État balte ne partage pas les priorités géopolitiques d’un État méditerranéen. Un pays historiquement atlantiste n’envisage pas sa relation à l’OTAN comme un pays attaché à son indépendance stratégique. Et les multiples niveaux de représentation (Commission, Conseil, États membres) créent des circuits parallèles où chaque acteur peut être contourné ou doublé.

Cette architecture garantit en pratique l’autoblocage. Aucune voix ne peut s’imposer durablement, ce qui profite mécaniquement aux puissances extérieures capables, elles, de parler d’une seule voix. L’Union européenne se retrouve ainsi dotée d’un appareil diplomatique pléthorique mais structurellement inapte à défendre une position commune sur les dossiers qui fâchent.

Ce qu’il faut retenir

La fragmentation de la politique étrangère européenne n’est pas un dysfonctionnement passager, c’est une propriété émergente d’une construction institutionnelle qui multiplie les centres de décision sans jamais les fusionner. Tant que chaque État membre conservera sa diplomatie nationale tout en étant tenu d’articuler une position commune avec vingt-sept partenaires aux intérêts hétérogènes, l’Europe restera ce que l’invité décrivait comme un chœur d’opéra sans chef d’orchestre : beaucoup de voix, aucune partition commune.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Union Populaire Républicaine

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