Quand Berlin bloque les prospections pétrolières françaises au large de Marseille ou attaque nos entreprises spatiales, une question s’impose : où va vraiment l’argent allemand ? La réponse est aussi brutale qu’éclairante. Il traverse l’Atlantique. Pendant que Paris rêve de réindustrialisation européenne, le capital allemand, lui, a choisi son camp : l’Amérique. Une stratégie qui ne doit rien au hasard.

Pourquoi le capital allemand préfère-t-il les États-Unis à ses voisins européens ?

La stratégie allemande repose sur un calcul de classe, pas sur une solidarité européenne. Selon Pierre le Vigan, urbaniste et essayiste qui publie l’Europe à l’endroit, la logique est simple : empêcher la réindustrialisation de la France à court terme tout en misant sur le marché américain.

« Fondamentalement l’Allemagne veut empêcher la réindustrialisation de la France et se tourne vers les États-Unis, investit aux États-Unis, ce qui évidemment satisfait les Américains. »

Pierre le Vigan (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Le mécanisme est connu : les États-Unis exigent des pays européens qu’ils placent des dizaines de milliards sur leur sol. L’Allemagne s’exécute. Ses entreprises s’implantent massivement outre-Atlantique, délaissant le tissu industriel du continent. Un choix qui, souligne l’auteur, n’est pas dans l’intérêt à long terme du peuple allemand. Mais il est parfaitement cohérent avec les intérêts immédiats du capital allemand.

Un modèle construit sur la captation des richesses du Sud

Pour comprendre cette fuite vers l’Ouest, il faut remonter à la mécanique économique qui a fait la prospérité allemande ces vingt dernières années. Pierre le Vigan décrit un système de prédation interne à l’Union européenne. Les chiffres sont vertigineux : 1 000 milliards d’euros auraient été siphonnés à l’Europe du Sud, dont 700 milliards à l’Italie, 200 milliards à la France, 100 milliards à l’Espagne.

« Ça fait 1000 ans que nous nous battons. Ça fait 1000 ans qu’on peut pas se blairer. »

Pierre le Vigan (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Ce pillage silencieux, rendu possible par les déséquilibres de la zone euro, a permis à l’Allemagne de financer sa propre compétitivité tout en maintenant ses voisins dans la dépendance. Une fois ce modèle essoré, la logique du capital ne s’est pas tournée vers un hypothétique réinvestissement européen. Elle a pris le chemin de l’Amérique.

La réindustrialisation européenne sacrifiée

Le résultat est un paradoxe cruel. L’Allemagne, qui se présente comme le moteur économique du continent, contribue activement à sa désindustrialisation. Pendant qu’elle investit aux États-Unis, la France découvre qu’elle possède du pétrole sur son sol métropolitain, dans ses DOM-TOM, et des métaux exploitables. Berlin attaque les prospections. Quand la France tente de concurrencer SpaceX dans le spatial, c’est encore Berlin qui s’y oppose.

L’intérêt à terme de l’Allemagne serait pourtant ailleurs : de fortes industries dans tous les pays d’Europe. En France, en Italie, en Espagne. Une véritable réindustrialisation du continent. Mais à court terme, la défense des positions acquises prime sur toute vision stratégique. Les laissés-pour-compte de ce jeu à somme nulle sont les peuples européens eux-mêmes.

Ce qu’il faut retenir

L’argent allemand fuit vers les États-Unis parce que la construction européenne, loin de favoriser la coopération, a institutionnalisé une guerre économique interne dont l’Allemagne a été la principale bénéficiaire. Le jour où ce modèle s’essouffle, le capital préfère traverser l’Atlantique plutôt que de contribuer à la renaissance industrielle du continent. Une Europe sans Union européenne, faite de coopérations ciblées entre nations souveraines, pourrait-elle inverser cette logique ? C’est toute la question que pose Pierre le Vigan dans son dernier ouvrage.


Voir aussi


*D’après un entretien de Pierre le Vigan sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*


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