La gauche française s’apprête à organiser une primaire pour désigner son candidat à l’élection présidentielle. Mais derrière l’apparente compétition démocratique se joue peut-être une tout autre fonction : fabriquer un interlocuteur acceptable pour le bloc central, capable de ramener l’électorat de gauche vers l’extrême centre au second tour.

À quoi sert la primaire de gauche en vue de 2027 ?

D’après l’analyse développée par Pierre-Yves Rougeyron dans un entretien diffusé le 19 septembre 2026 sur Géopolitique Profonde, la primaire organisée à gauche ne vise pas à désigner un président. Elle remplit une fonction de sélection : produire un interlocuteur crédible chargé de ramener l’électorat de gauche vers le bloc d’extrême centre au second tour, en échange de positions dans un futur gouvernement. Raphaël Glucksmann apparaît comme le candidat naturel de cette opération, face à un axe du ressentiment incarné par Ségolène Royal et Olivier Faure.

Une primaire qui ne cherche pas un président

La thèse avancée par Pierre-Yves Rougeyron est claire : la gauche n’est pas en train de former un président. Elle est en train de nommer ce qu’il appelle « un goûter de gauche libérale » destiné à encadrer une partie de l’électorat encore attachée à cette tendance politique. L’objectif final, selon lui, consiste à amener ces électeurs vers le grand gouvernement central tenu par Édouard Philippe et Gabriel Attal.

« La gauche est en train de nommer un goûter de gauche libérale pour la partie de notre peuple qui croit encore à cette tendance, pour amener comme le joueur de flûte d’Hamelin amène les enfants ou les rats au grand gouvernement central. »

Gabriel Attal (propos rapportés par Pierre-Yves Rougeyron)

La primaire aurait donc moins à voir avec un débat d’idées qu’avec une opération de canalisation électorale. Le vainqueur, ou celui qui s’y fera le plus remarquer, deviendrait l’interlocuteur privilégié disposant de « prébendes à distribuer » auprès du futur exécutif.

Le rôle assigné à Raphaël Glucksmann

Raphaël Glucksmann occupe une place particulière dans ce dispositif. Créateur de Place publique, il représente la gauche euromondialiste, compatible avec les orientations de l’extrême centre. Son positionnement permet de maintenir un candidat « social-libéral » face au bloc central, sans jamais menacer sa domination.

Mais cette stratégie suppose une discipline stricte. L’éviction de Fabrice Brun, perçue comme une élimination politique par Pierre-Yves Rougeyron, illustre la fermeture du jeu. Brun portait l’idée d’introduire une parole populaire dans la primaire, une orientation jugée dangereuse car susceptible de faire déraper le processus contrôlé.

L’axe concurrent, incarné par Ségolène Royal et Olivier Faure, ne viserait pas la victoire. Il s’agirait pour eux de peser sur le futur groupe parlementaire, chaque camp cherchant à sécuriser ses positions dans l’après-primaire.

Une logique de castorisation électorale

L’analyse développée dans l’entretien s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une gauche dont l’électorat accepte d’être systématiquement ramené vers le centre, à condition qu’on lui offre des figures issues de son propre camp.

« On peut cocufier l’électorat de gauche, mais il faut lui offrir des fleurs qui viennent de son fleuriste préféré. Sinon, il boude, il ne changera pas de crémerie. »

Pierre-Yves Rougeyron (GÉOPOLITIQUE PROFONDE)

Ce mécanisme, qualifié de « castorisation » dans l’entretien, se répéterait depuis plusieurs élections. La primaire de 2027 n’en serait qu’une nouvelle déclinaison, perfectionnée pour produire un résultat verrouillé.

Royal contre Glucksmann : ce que lit le thermomètre militant

Un sondage en ligne conduit sur le compte Twitter de François Asselineau, avec environ 1 800 participants, a placé Ségolène Royal à près du double des voix de Raphaël Glucksmann, Olivier Faure arrivant loin derrière. Résultat sans valeur statistique stricte, mais cohérent, selon Asselineau, avec ce que lui rapportent des contacts internes au PS : « il y a une dynamique pour Royal très forte, très puissante, alors que Glucksmann, il a toujours quatre ou 42 de tension. »

Au-delà du rapport de forces, la primaire cristallise un désaccord de fond sur les alliances. Royal a conditionné son soutien au vainqueur à une clause explicite : aucun rapprochement avec les partis macronistes. Glucksmann, dont Asselineau rappelle qu’il avait appelé à voter Sarkozy contre Royal en 2007, est soupçonné de ne pas se sentir lié par cette règle. L’enjeu dépasse la personnalité des candidats : si le gagnant tend la main à Édouard Philippe ou à Gabriel Attal, une partie de l’électorat de gauche souverainiste risque de se trouver sans point d’ancrage au premier tour.

La candidature de Royal modifie aussi le centre de gravité du débat présidentiel sur l’Ukraine. À rebours de la ligne Glucksmann, elle a multiplié les prises de position hostiles à l’engagement militaire français aux côtés de Kiev, un positionnement qui, selon Asselineau, lui permet de « toucher au fond du cœur des Français » qui refusent l’escalade. Une telle candidature pourrait, à gauche, exercer une pression sur l’espace occupé par Jean-Luc Mélenchon, tout en attirant une frange de l’électorat centriste déçu.

Ce qu’il faut retenir

La primaire de gauche se présente comme une compétition ouverte, mais son fonctionnement réel pourrait obéir à une logique de sélection d’un candidat compatible avec l’extrême centre. Raphaël Glucksmann apparaît comme la pièce maîtresse de ce dispositif, tandis que les concurrents internes jouent avant tout leur survie parlementaire. Reste à savoir si l’électorat de gauche acceptera une fois encore ce scénario écrit d’avance.

Vidéo « Analyse de Pierre-Yves Rougeyron sur les politiques gouvernementales » de GÉOPOLITIQUE PROFONDE

Pour aller plus loin

Vidéo « Direct n127 – François Asselineau répond à vos questions » de UPR

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