La proposition du Rassemblement national de réintroduire une « priorité nationale » a déclenché une levée de boucliers, de la gauche jusqu’au centre gouvernemental. Ce rejet presque unanime pose une question de fond : quelles conceptions philosophiques sous-tendent cette opposition ? L’analyse de l’invité, géopolitologue invité sur la chaîne Omerta, permet d’y répondre en distinguant deux traditions apparemment opposées, mais qui convergent vers le même refus d’un lien de filiation.

Quels arguments la gauche et le centre opposent-ils à la priorité nationale ?

Selon l’invité, deux modèles distincts expliquent ce rejet :

  • À gauche, le modèle de la créolisation, hérité du poète Édouard Glissant, qui récuse tout référentiel culturel prédominant au profit d’un agrégat de cultures.
  • Au centre, le patriotisme constitutionnel théorisé par le philosophe allemand Jürgen Habermas, qui fonde l’appartenance civique sur l’adhésion à des principes constitutionnels, jamais sur une continuité historique.
  • Une déclinaison politique commune : la « Nouvelle France » insoumise ou la « patrie républicaine » contractualiste, où l’on devient français en payant ses impôts et en respectant les règles, sans référentiel historique prévalent.

La créolisation : un modèle sans référentiel culturel français

L’invité rappelle que Jean-Luc Mélenchon employait, avant de parler de « Nouvelle France », le terme de créolisation emprunté à Édouard Glissant. Ce modèle, inspiré des Caraïbes, postule qu’aucune culture ne peut légitimement occuper une position de référence au sein d’une société. La nation ne serait plus qu’un agrégat de cultures venues d’ailleurs, sans qu’aucune ne prévale.

« C’est un modèle hybride où en réalité, comme sur le modèle des Caraïbes, il ne peut y avoir de modèles référentiels culturels. On est plutôt dans un agrégat de cultures qui viennent d’un peu partout et on ne peut pas faire de prévalence d’un modèle culturel, notamment français. »

Vidéo d’OMERTA

Cette conception irrigue ensuite le concept de patrie républicaine défendu par la France insoumise : un modèle purement contractualiste, résumé par la formule « venez comme vous êtes ». L’appartenance au peuple français y est conditionnée par le paiement de l’impôt et le respect des règles communes, jamais par une inscription dans une histoire, une langue ou une civilisation particulières.

Le patriotisme constitutionnel de Habermas : une citoyenneté désincarnée

Au centre, l’invité identifie une autre matrice intellectuelle : celle du philosophe allemand Jürgen Habermas, disparu en 2025. Après la Seconde Guerre mondiale, Habermas développe la notion de « patriotisme constitutionnel » : le citoyen se définit par son adhésion à des principes constitutionnels, non par une filiation ou une continuité historique nationale.

L’invité souligne que Habermas a explicitement théorisé cette notion « en rupture avec deux choses : les souverainetés nationales et l’identité nationale ». On retrouve ici la même volonté qu’à gauche de ne pas faire prévaloir la citoyenneté sur une notion de filiation. La différence est que le centre ancre cette conception civique dans des principes constitutionnels européens, ce qui rejoint directement le projet fédéraliste des « États-Unis d’Europe » porté par Gabriel Attal.

Cette convergence n’est pas fortuite. L’invité insiste : la gauche et le centre sont « les deux faces en réalité de la même pièce ». Partant de traditions politiques opposées, ils aboutissent au même résultat : une conception désincarnée de la nation, où le peuple français n’a plus de référentiel historique propre et où la priorité nationale devient logiquement illégitime.

Une opposition qui révèle un clivage de fond

Ce rejet unanime de la priorité nationale révèle, selon l’analyse de l’invité, un clivage structurant pour la campagne présidentielle. En face, le Rassemblement national défend une ligne dite « producériste », axée sur les classes moyennes travailleuses et la protection des intérêts nationaux face aux logiques supranationales. L’affrontement ne porte donc pas seulement sur des mesures concrètes mais sur la définition même de ce qu’est un Français : un contractant abstrait ou l’héritier d’une histoire et d’une continuité.

Ce qu’il faut retenir

La gauche, avec la créolisation, et le centre, avec le patriotisme constitutionnel habermassien, partagent malgré leurs différences une même méfiance envers la filiation et la continuité historique comme fondements de la nation. Leur opposition à la priorité nationale n’est donc pas conjoncturelle mais structurelle : elle découle de leur conception civique et désincarnée du peuple français. Ce clivage philosophique, bien plus que les polémiques de campagne, pourrait déterminer la nature du prochain référendum national.


Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Projet d’États-Unis d’Europe et souveraineté française » de OMERTA

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