La question des effectifs policiers traverse le débat public français depuis des décennies, mais un angle reste largement sous-documenté : celui des inégalités territoriales d’affectation. Lors d’un entretien accordé à la chaîne Omerta, le criminologue Xavier Raufer a livré des ratios qui donnent la mesure du déséquilibre. Un écart qui interroge frontalement la promesse républicaine d’égalité entre les territoires.

Combien de policiers par habitant en France, et pourquoi ces écarts ?

Xavier Raufer cite des ordres de grandeur qui parlent d’eux-mêmes : à Paris, on compte environ un policier pour 100 habitants. En petite couronne, ce ratio tombe à un pour 250. En grande couronne, il chute à un pour 500. Ces chiffres dessinent une géographie de la présence policière où la densité s’effondre à mesure qu’on s’éloigne du centre. Pourquoi ? Parce que l’implantation des commissariats sur le territoire national n’a pas fait l’objet d’une refonte sérieuse depuis plus de 80 ans.

« De quand date la dernière loi globale pour tout le territoire national sur l’implantation des commissariats de police en France ? C’est une loi Pétain de 1942. Depuis, on a bricolé, on a mis un petit truc ici, un petit truc là. »

Xavier Raufer (OMERTA)

Le constat est sans appel : la carte policière française reste largement héritée d’une époque où les dynamiques démographiques, les bassins de délinquance et les réalités urbaines n’avaient rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Les ajustements ont été ponctuels, jamais systémiques.

Une affectation qui contourne les zones de tension

L’analyse de Xavier Raufer va plus loin : non seulement les ratios sont défavorables aux périphéries, mais la présence policière est paradoxalement la plus faible là où les besoins seraient les plus criants. Le criminologue prend l’exemple des quartiers marseillais classés en « quartiers prioritaires de la politique de la ville », où la délinquance organisée prospère dans un vide sécuritaire chronique.

La question qu’il pose est simple : pourquoi certains arrondissements parisiens, par ailleurs proches des lieux de pouvoir, concentrent une densité policière sans commune mesure avec les zones où les règlements de comptes à l’arme de guerre font des victimes collatérales ? En 2023, une étudiante marseillaise a été tuée par une balle perdue dans sa propre chambre. Le préfet et le ministre de l’Intérieur avaient alors promis des mesures. Deux ans plus tard, le criminologue constate que rien n’a changé.

Lionel Jospin, rappelle Xavier Raufer, avait tenté une révision des affectations à la fin des années 1990, mais s’était heurté à des résistances telles que seuls deux ou trois mille policiers, sur un effectif total de 150 000, avaient pu être redéployés. Depuis, le statu quo prévaut.

L’angle mort budgétaire et politique

Derrière la question des ratios, c’est un choix politique qui se dessine. Affecter des policiers dans des zones où la densité de population est moindre mais où la criminalité est élevée suppose des arbitrages budgétaires, des constructions de commissariats, des recrutements ciblés. Autant de décisions qui n’ont jamais été portées par une volonté politique suffisante.

Xavier Raufer rappelle que le rôle premier d’un dirigeant, citant Raymond Aron, est de faire en sorte que le pays soit « respecté à l’extérieur et en paix à l’intérieur ». Or, cette paix intérieure suppose une présence effective des forces de l’ordre sur l’ensemble du territoire, pas seulement dans les centres urbains denses ou les quartiers ministériels.

Le chiffre des 1 400 « zones hors contrôle » recensées en 2025 (contre 22 en 1983) illustre l’ampleur du décrochage. Dans nombre de ces secteurs, la police est physiquement absente, laissant le champ libre aux trafics et aux violences qui frappent d’abord les habitants eux-mêmes.

« Un enfant de 4 ans est capable de comprendre ça : la France doit être respectée à l’extérieur et en paix à l’intérieur. Autrement, c’est le boxon. »

Xavier Raufer (OMERTA)

Ce qu’il faut retenir

La question de la répartition des policiers pose le problème de l’égalité républicaine concrète. Un habitant de grande couronne dispose structurellement de cinq fois moins de présence policière qu’un Parisien. Cette réalité territoriale, héritée d’une loi de 1942 jamais réformée sur le fond, appelle une remise à plat des critères d’affectation à l’aune des besoins réels de sécurité des Français, où qu’ils habitent.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Insécurité et responsabilité de l’État » de OMERTA

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