La France et les États-Unis partagent une date fondatrice au crépuscule du XVIIIe siècle : l’irruption révolutionnaire. Mais confondre ces deux événements revient à commettre une erreur de lecture historique majeure. Dans une conférence donnée en 2015 pour l’Union Populaire Républicaine, l’invité a livré une distinction essentielle entre ces deux révolutions, qui éclaire encore aujourd’hui les divergences profondes entre le modèle américain et le modèle républicain français.

Qu’est-ce qui distingue fondamentalement la révolution américaine de la révolution française ?

La révolution américaine de 1776 et la révolution française de 1789 obéissent à deux logiques radicalement opposées. La première est une révolte de colons riches et esclavagistes contre des droits de douane imposés par la couronne britannique, motivée par des intérêts commerciaux. La seconde est un soulèvement populaire fondé sur une revendication d’égalité fiscale et civique : les Français exigent que tous les citoyens paient l’impôt et que tous puissent voter son utilisation. L’une défend des privilèges économiques, l’autre combat des privilèges juridiques.

La révolution américaine : une affaire de commerce et de droits de douane

Pour comprendre l’origine de la révolution américaine, il faut remonter au fameux Boston Tea Party du 16 décembre 1773. À l’époque, la Grande-Bretagne traverse des difficultés budgétaires. Le premier ministre William Pitt propose alors de taxer les produits de la British East India Company vendus aux colonies d’Amérique du Nord, obligeant les colons à se fournir exclusivement auprès de cette compagnie pour leurs produits d’importation. Des colons montent à bord des navires britanniques dans le port de Boston et jettent les cargaisons de thé à la mer.

Cet événement, que l’histoire a retenu sous l’appellation ironique de « partie de thé de Boston », constitue le véritable coup d’envoi de la guerre d’indépendance. Il s’agit donc d’une révolution déclenchée pour un motif commercial : le refus de droits de douane jugés confiscatoires.

L’invité insiste sur l’identité des insurgés :

« Ce sont des colons riches, des colons esclavagistes. […] quand ils revendiquent la liberté, le "right to happiness" (droit au bonheur), c’est une grande invention américaine. C’est celle du commerce, c’est celle des colons, ce n’est pas celle de leurs esclaves. »

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Le premier président américain, George Washington, incarne cette contradiction. Planteur en Virginie, il possédait encore 300 esclaves noirs sur sa propriété au moment de sa mort, en décembre 1799. Pourtant, son effigie orne tous les billets de banque américains et la capitale fédérale porte son nom.

La révolution française : l’égalité comme principe fondateur

La France de 1789 part d’une situation radicalement différente. Depuis la fin de la guerre de Cent Ans, au XVe siècle, la société française était organisée en trois ordres : l’aristocratie (0,3 % de la population), le haut clergé (0,2 %) et le tiers état (99,5 %). Or, les deux premiers ordres, c’est-à-dire les Français les plus riches, étaient exemptés d’impôt. Charles VII avait accordé ce privilège à l’aristocratie pour s’assurer de sa loyauté pendant le conflit avec l’Angleterre.

Ce système fiscalement inique, qui faisait reposer la charge de l’État sur les plus modestes, a nourri un puissant sentiment d’injustice jusqu’à l’explosion de 1789. La revendication française est donc fondamentalement civique et égalitaire : les citoyens veulent voter l’impôt et décider de son utilisation, mais surtout, ils exigent que chacun y contribue à proportion de ses moyens.

L’invité souligne à quel point cette logique originelle conserve une actualité :

« Je voudrais remarquer qu’on est à peu près revenu à cette situation puisque désormais les grandes entreprises industrielles, les très grandes fortunes organisent leur insolvabilité fiscale par des jeux d’écriture. »

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Deux modèles, deux visions du monde

Cette divergence de naissance n’est pas anecdotique. Elle structure encore la différence entre les modèles républicain français et américain. Les États-Unis se sont construits comme une nation commerçante, où la fixation des règles du commerce extérieur est perçue comme l’instrument premier de la domination. La devise Novus ordo seclorum (nouvel ordre des siècles) qui figure sur chaque billet vert traduit cette vocation impériale précoce, portée par un pays qui ne comptait pourtant que huit millions d’habitants au début du XIXe siècle, dont plusieurs millions d’esclaves.

La France, elle, a fondé sa République sur un principe d’égalité devant la loi et devant l’impôt. Ce legs de 1789 demeure une boussole politique, alors même que les mécanismes contemporains d’optimisation fiscale viennent en contredire l’esprit.

Ce qu’il faut retenir

La révolution américaine est née d’un refus de l’impôt par des colons propriétaires d’esclaves, la révolution française d’une exigence d’égalité fiscale et civique portée par le tiers état. Cette distinction éclaire les trajectoires divergentes des deux républiques et rappelle que la défense du modèle républicain français passe d’abord par la fidélité à ses principes fondateurs, loin de toute fascination pour un modèle américain dont les origines n’ont rien d’émancipateur.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Union Populaire Républicaine

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