Chaque année, le ministère de l’Intérieur publie les chiffres de la délinquance et des homicides en France. Mais que valent réellement ces données ? Selon le criminologue Xavier Raufer, l’écart entre les annonces provisoires de décembre et les publications définitives de janvier soulève une question démocratique majeure : qui contrôle les statistiques censées informer les citoyens sur leur sécurité ?

Pourquoi un écart de plus de 25 % entre les chiffres d’homicides annoncés en décembre et ceux publiés en janvier ?

Xavier Raufer, spécialiste des questions de criminalité organisée, pointe une anomalie statistique préoccupante. À la mi-décembre, les autorités annonçaient environ 1260 homicides pour l’année écoulée. Un mois plus tard, le chiffre définitif tombait sous la barre des 1000, soit une diminution de plus de 25 % en quelques semaines. Pour l’enseignant et essayiste, cette variation n’a rien d’une correction technique ordinaire.

« Brutalement, à la mi-janvier, quand on a publié les chiffres définitifs, ils étaient tombés au-dessous de 1000. Alors ça, c’est l’intervention directe du ministre qui dit : le chiffre de 1000 est symbolique, donc restez en dessous. Et donc les statisticiens aux ordres traficotent les chiffres, les truandent. »

Xavier Raufer (OMERTA)

L’explication avancée est simple : un seuil symbolique a été franchi, et le politique serait intervenu pour le faire disparaître des publications officielles.

Une production statistique sous influence politique

La collecte des données criminelles relève normalement d’un processus technique : les forces de l’ordre enregistrent les faits constatés sur le terrain, ces données sont agrégées par les services statistiques du ministère, puis validées et publiées. Mais pour Xavier Raufer, ce processus est aujourd’hui faussé par une chaîne de commandement politique qui remonte jusqu’au ministre.

Que se passe-t-il concrètement lorsqu’un homicide est commis ? Les premiers intervenants, policiers ou gendarmes, interpellent l’auteur présumé et rendent compte à leur hiérarchie. C’est à ce niveau que les ordres sont transmis. L’invité décrit une administration qui, sous plusieurs mandats successifs, aurait systématisé une pratique : taire les réalités criminelles pour ne pas « exciter et énerver le bon peuple ».

La responsabilité ne serait donc pas imputable aux forces de terrain, qui appliquent des consignes, mais bien aux échelons ministériels qui décident de ce qui est rendu public ou non. Le criminologue rappelle que la dernière loi globale d’implantation des commissariats remonte à 1942, signe selon lui d’un abandon de la planification sécuritaire au profit d’une gestion de l’affichage.

L’absence de données fiables sur les homicides par arme blanche

Un exemple illustre cette opacité : celui des attaques au couteau. Plusieurs affaires récentes ont marqué l’actualité, de l’attentat gare de Lyon en février 2024 à l’attaque de Mulhouse en février 2025, en passant par les trois femmes agressées à Paris la semaine précédant l’entretien. Pourtant, aucune statistique publique ne permet de savoir si ces agressions sont en augmentation.

Xavier Raufer explique que la liste précise des homicides commis à l’arme blanche n’est tout simplement plus publiée. Les données disponibles agrègent tous les modes opératoires sans distinction, rendant impossible toute analyse sérieuse de l’évolution de cette criminalité spécifique.

« J’aimerais savoir s’il y a une forte augmentation du nombre de coups de couteau. On peut penser que c’est le cas, mais en réalité, on n’en sait rien parce que le gouvernement passe son temps à dire : tout va très bien, madame la marquise. »

Xavier Raufer (OMERTA)

Seules les chroniques des journaux de province, moins soumis au contrôle centralisé, permettraient d’esquisser une tendance empirique. Une situation qui, pour le chercheur, confine à la censure.

Un gouvernement qui redoute la transparence

Au-delà de la technique statistique, se joue une question de rapport au peuple. Pour l’invité, le choix de masquer certaines données ne traduit pas une volonté de protéger les citoyens d’une information anxiogène, mais bien une peur du verdict électoral. Les Français, estime-t-il, ne sont pas dupes : ils constatent les réalités dans leur vie quotidienne ou par leur entourage, et le décalage entre ce qu’ils vivent et ce qu’on leur dit alimente la colère.

Le résultat est un cercle vicieux : plus le couvercle est vissé fort sur la marmite, plus la pression monte. La défiance envers les chiffres officiels nourrit mécaniquement le report vers des formations politiques perçues comme plus réalistes sur les questions de sécurité. En cherchant à masquer la réalité pour éviter une sanction électorale, le pouvoir accélérerait en fait cette sanction.

Ce qu’il faut retenir

La fiabilité des statistiques criminelles n’est pas qu’une querelle de spécialistes : c’est la condition même d’un débat démocratique éclairé. Quand l’État cesse de dire la vérité aux citoyens adultes sur leur propre sécurité, il rompt le pacte de confiance qui fonde la légitimité des institutions. La première mesure que préconise Xavier Raufer, si on lui en donnait les moyens, serait simple : un audit réel, des chiffres vérifiés, et la publication du portrait des victimes comme des auteurs, pour que chacun puisse enfin voir la réalité en face.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Vidéo « Insécurité et responsabilité de l’État » de OMERTA

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