La formule circule partout : la Chine contrôlerait 80 à 90 % des terres rares. Elle mélange deux réalités très différentes, et c’est la seconde qui compte. Sur l’extraction, Pékin pèse environ 60 à 70 % du total mondial, avec 270 000 tonnes d’oxydes en 2025 sur un peu plus de 400 000. Une part écrasante, mais qui recule : les États-Unis en produisent désormais 51 000 tonnes, l’Australie 29 000, la Birmanie 22 000.

Le vrai verrou est ailleurs. La Chine assure environ 90 % du raffinage et de la séparation des terres rares dans le monde, et près de 94 % de la fabrication des aimants qui en dérivent. Extraire un minerai ne sert à rien si l’on doit l’envoyer être séparé à l’autre bout de la planète. C’est ce maître-étage industriel, et non le sous-sol, qui donne à Pékin son moyen de pression.

Une précision s’impose sur les autres métaux souvent cités dans la même phrase. Le nickel n’est pas dominé par la Chine mais par l’Indonésie, qui assure à elle seule près de 62 % de la production minière mondiale, même si des groupes chinois détiennent une large part des capacités de transformation installées sur place. Quant à l’aluminium primaire, la Chine en produit environ 55 à 59 %. Des chiffres considérables, mais loin des 80 à 95 % parfois avancés.

La leçon ne change pas, elle se déplace. La dépendance occidentale ne tient pas à un manque de gisements, elle tient à l’abandon des étapes de transformation. Pour la France, reconstituer une filière de séparation et d’aimants permanents relève donc moins de la politique minière que de la politique industrielle.


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Entretien avec Alexandre Del Valle · chiffres vérifiés sur les données USGS 2025

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