Les transferts nets entre les entreprises et l’État atteignent 10 % du PIB en France, contre 8,5 % en Allemagne, 8 % en Italie et en Espagne. Ce chiffre, calculé par l’institut Rexecode et cité par Louis Gallois lors de son passage aux Forces Françaises de l’Industrie, contredit frontalement le discours ambiant sur de prétendus « cadeaux fiscaux » aux entreprises.

L’ancien commissaire général à l’Investissement, qui a porté le rapport fondateur de la politique de l’offre en 2012, souligne que ce solde intègre l’ensemble des prélèvements (charges, impôts, taxes) diminué des aides publiques. Un écart d’un point et demi de PIB avec l’Allemagne représente environ 40 à 50 milliards d’euros. « Il n’y a pas de cadeau excessif aux entreprises », tranche Louis Gallois, tout en reconnaissant que des aides peuvent être mal attribuées.

Seule la Suède affiche un niveau supérieur en Europe, à 13 % du PIB. L’industriel déplore que ce constat, pourtant présenté devant une commission sénatoriale, n’ait jamais été repris dans les débats publics. Un angle mort révélateur alors que les entreprises françaises demeurent soumises à une concurrence internationale féroce, notamment face aux subventionnements chinois estimés quatre à huit fois supérieurs à ceux des pays de l’OCDE.

La France, numéro un mondial des dépenses publiques

Ce contexte fiscal s’inscrit dans une réalité budgétaire plus large. Selon Marc Touati, la France affiche fin 2025 un ratio de dépenses publiques rapportées au PIB de 57,5 %, ce qui lui vaut le premier rang mondial, devant tous les autres États européens. Un record qui n’est pas sans conséquence sur la capacité du pays à attirer les investissements et à soutenir sa croissance structurelle, aujourd’hui estimée à seulement 0,9 %, contre 2,5 à 2,8 % aux États-Unis.

« Nous sommes carrément numéro 1 du monde en termes de pression fiscale et de pression réglementaire. »

Marc Touati (OMERTA)

Ce niveau de dépenses ne se traduit pas pour autant par une économie plus dynamique. Depuis 2007, la dette publique française a progressé de 179 %, quand le PIB en valeur, inflation comprise, n’augmentait que de 59 %. Sur la seule période 2020-2025, l’écart entre l’augmentation de la dette et celle du PIB représente selon lui quelque 500 milliards d’euros « disparus », c’est-à-dire non transformés en activité productive.

Le problème est structurel : une part écrasante de ces dépenses finance le fonctionnement courant de l’État et des transferts, non des investissements générateurs de croissance. Tant que cette mécanique n’est pas corrigée, baisser la pression sur les entreprises, comme le montre l’article, ne suffira pas à rétablir durablement les marges de compétitivité de l’économie française.

L’euro, une monnaie à deux vitesses : ce que les chiffres révèlent

Ce déséquilibre dans les transferts entre entreprises et État trouve un prolongement dans la structure même de la zone euro. Une étude produite par un organisme de recherche allemand, citée dans ce contexte, a calculé que sur la période 1999-2016, soit les dix-sept premières années de l’euro, la monnaie unique a coûté en moyenne 56 000 euros par Français, tandis qu’elle a rapporté en moyenne 23 100 euros par Allemand.

Le mécanisme est relativement simple : le taux de change de l’euro s’est établi à mi-chemin entre ce qu’aurait valu le deutschemark et ce qu’auraient valu des monnaies comme le franc ou la lire italienne si chacune avait flotté librement. Résultat : l’euro est structurellement sous-évalué pour l’économie allemande, dont la compétitivité est élevée, et structurellement surévalué pour l’économie française. L’industrie allemande bénéficie ainsi d’un avantage permanent à l’exportation, sans avoir à supporter le renchérissement que lui aurait imposé un deutschemark flottant. La France, à l’inverse, voit ses exportateurs pénalisés par une monnaie trop chère et son marché intérieur ouvert à une concurrence facilitée par ce même écart.

Ce contexte éclaire d’une façon particulière les données de contribution nette au budget européen : l’Allemagne, grande bénéficiaire de la mécanique monétaire, est aussi le premier contributeur net, ce qui n’est pas sans lien avec les excédents commerciaux que lui procure l’euro depuis un quart de siècle.

Vidéo « Politique énergétique nucléaire en France, analyse de Louis Gallois » de Forces Françaises de l’Industrie

Vidéo « Budget UE 2028-2034 : la France encore arnaquée » de UPR

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