Dix mille actions de la Compagnie de Suez, un logement de fonction avenue de Friedland, un siège d’administrateur : voilà le portrait méconnu du général Maxime Weygand, qu’on présente d’ordinaire comme un militaire glorieux. C’est ce que révèle l’ouvrage Les fossoyeurs du journaliste André Géraud, alias Pertinax, récemment réédité et présenté par Éric Branca au Cercle Aristote.
Nommé chef d’état-major le 19 mai 1940, au pire moment de la campagne de France, en remplacement de Gamelin, Weygand n’a, selon Pertinax, jamais songé sérieusement à défendre Paris ni à organiser la résistance. Sa seule obsession : imposer l’armistice au pouvoir politique. La raison ? La hantise, partagée par une partie des élites financières et militaires, qu’une poursuite de la guerre déclenche une révolution sociale, avec des grèves dans les usines et une prise de pouvoir communiste. Mieux valait, à leurs yeux, négocier avec les Allemands un armistice préservant une armée capable de maintenir l’ordre intérieur.
Pertinax rapporte également une confidence troublante de Weygand, notée dans ses carnets dès 1934 : « Si ça tourne mal en France, Pétain, ça pourrait être notre Hindenburg. » Lorsque Paul Reynaud, fin juin 1940, envisage de transférer le gouvernement en Afrique du Nord pour poursuivre la lutte, Weygand refuse de fournir les moyens nécessaires. Reynaud ne le révoque pas. Six ans plus tard, la défaite était consommée.
*D’après un entretien de Eric Branca sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
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